08 août 2009
Le mythe de la modernisation du PS - Laurent PINSOLLE le 8 août 2009
C’est une des forfanteries les plus répandues de la vie politique Française, à nouveau ranimée par Manuel Valls dans son interview au Financial Times : le Parti Socialiste de notre pays n’aurait pas complètement oublié ses racines marxistes et n’embrasserait pas suffisamment la modernité…
Mais de quelle modernité parle-t-on ?
Pourtant, le dernier passage du Parti Socialiste Français s’est soldé par un montant de privatisations supérieur à celui de ses prédécesseurs de droite. Laurent Fabius s’est révélé être un des ministres des finances les plus ouverts aux idées libérales. Enfin, c’est bien Lionel Jospin qui a accepté la libéralisation (certes lointaine dans le temps) des services publics. Bien sûr, ce même gouvernement a également mis en place les 35 Heures mais il ne se trouve pas grand monde pour encore défendre cette mesure, notamment la candidate représentant le parti lors de l’élection présidentielle de 2007…
Pire, la crise a montré la faible différence de pensée entre le PS et l’UMP tant le parti dit de gauche a été incapable de formuler une proposition de système alternatif, refusant tout débat sur le protectionnisme, la réforme du système monétaire et se limitant à des propositions cosmétiques identiques aux partis dits de droite sur la réglementation de la finance. Dès lors, on ne voit pas bien dans quelle direction le PS pourrait aller pour davantage accepter la mondialisation, si ce n’est prêter allégeance à Laurence Parisot.
Pourquoi en parle-t-on ?
En fait, quand Manuel Valls parle de modernisation du Parti Socialiste, il parle uniquement de rajeunissement des cadres dirigeants, à savoir le remplacement de la vieille génération qui a accédé au pouvoir sous François Mitterrand et Lionel Jospin par lui-même. La modernisation du PS, devine-t-on en filigrane, c’est lui. Il suffirait donc de changer de dirigeants pour moderniser le parti. Dans un sens, ce n’est pas complètement faux, la génération des éléphants donne une tellement mauvaise image d’elle-même. Il ne serait sans doute pas un mal de faire venir de nouvelles têtes.
En revanche, parler de modernisation idéologique en sous-entendant que le PS n’a pas suffisamment accepté la mondialisation est d’une hypocrisie incroyable. Les socialistes ont tout abandonné à la mondialisation. Non seulement, ils ont renoncé à toute intervention financière, monétaire et commerciale mais ils se font aujourd’hui les promoteurs de cet abandon en défendant l’indépendance des banques centrales ou le libre-échange absolu. En fait, on peut se demander si ce mythe n’est pas créé par les tenants du système pour verrouiller encore davantage le champ des possibles idéologiques.
Le besoin de modernisation du PS ne concerne que le nécessaire renouvellement générationnel. Mais ce changement n’aura d’intérêt que s’il s’accompagne d’une reconstruction idéologique lorgnant vers Généreux, parti, Lordon ou Krugman. Rien ne permet aujourd’hui d’accréditer cette thèse.
04 août 2009
Irresponsabilité de l’État - Nicolas DUPONT-AIGNAN – Mardi 4 août 2009 à 15h38
La décision du Ministre de l’Agriculture français de se plier à une injonction absurde de l’Union Européenne sur la question des subventions aux producteurs de fruits et légumes est symbolique de la déliquescence de l’Etat français.
Le Gouvernement ne se conçoit plus que comme l’exécutant de décisions prises ailleurs sans aucune légitimité politique.
Comment, en effet, accepter la demande de remboursement de l’Union Européenne par des producteurs de fruits et légumes qui n’ont fait que profiter de dispositifs décidés et mis en œuvre par les prédécesseurs du Ministre actuel de l’Agriculture.
Il n’y a donc plus de continuité de l’Etat, ni de crédibilité de l’action gouvernementale. Pourquoi ? Tout simplement car le Gouvernement préfère obéir à l’Union Européenne qu’il considère comme une autorité supérieure, que de respecter les principes de tout Etat de droit.
Cela en dit long sur la résignation de notre caste dirigeante et son incapacité à assumer ses responsabilités.
Cela pose aussi un problème majeur de gouvernant, car comment désormais le citoyen peut s’y retrouver si l’autorité qui lui a accordée une subvention, demande 17 ans après les faits son remboursement (la Commission réclame le remboursement des subventions versées de 1992 à 2002) ?
Dans cette affaire, la moindre des choses serait que l’Etat ne se retourne pas contre les producteurs de fruits et légumes et règle ses comptes avec Bruxelles.
L’instant de vérité est là devant nous : soit la France accepte la vision dogmatique de la libre concurrence de Bruxelles et alors c’est la mort de notre agriculture dont les surcoûts sociaux et environnementaux ne pourront plus être compensés, soit le Gouvernement met en pratique ses discours électoraux et dit alors clairement à Bruxelles que la France refuse cette interprétation des traités. Mais il faudrait aussi que nos dirigeants cessent de signer ces traités sans les lire !
Affaire à suivre …
22 juillet 2009
Le Honduras au bord de la guerre civile - Christophe VENTURA - Marianne2.fr - Le 22 Juillet 2009
Après l'échec de la médiation tentée par Hillarry Clinton, le Front national de résistance mis en place par les syndicats et les partis d'opposition appelle à deux jours de grève et de mobilisation, tandis que le président expulsé va revenir au pays dans les prochains jours. Christophe Ventura, membre de l'association Mémoire des Luttes, tente de comprendre ce qui se cache derrière le silence des médias sur le coup d’Etat au Honduras.
Rien n’y fait. Le Honduras et le régime de coup d’Etat qui s’y est mis en place le 28 juin - le premier réussi en Amérique centrale depuis la fin de la guerre froide - n’intéressent que très moyennement les médias dominants. Et quand ils s’y intéressent, c’est souvent pour relayer les arguments des putschistes et pour jeter un voile pudique sur les exactions et les atteintes aux libertés fondamentales perpétrées par le gouvernement « de fait ». Tout se passe comme si le président constitutionnel Manuel Zelaya avait franchi une ligne rouge en faisant adhérer son pays à l’Alliance bolivarienne des peuples des Amériques (ALBA). Cela l’a converti ipso facto en « chaviste », et donc en suspect contre lequel tous les coups sont permis ou pardonnables.
Ce coup d’Etat – qui s’est déjà soldé par l’assassinat de plusieurs militants et dirigeants de mouvements populaires, l’arrestation de dizaines d’autres, et qui a imposé la censure médiatique et la restriction des libertés publiques et individuelles dans le pays - a des implications bien au-delà des frontières du Honduras. Il vise à reconfigurer la géopolitique régionale.
Le régime putschiste du « président » Roberto Micheletti apparaît comme la préfiguration d’une tentative de reprise en main du sous-continent par les forces de droite et les oligarchies locales. Et cela avec le soutien direct de certains éléments du Pentagone et de l’administration des Etats-Unis présents sur place. Il s’agit de fragiliser l’ensemble des processus démocratiques et sociaux qui ont porté ces dernières années au pouvoir des gouvernements de rupture avec le modèle néolibéral et avec la traditionnelle domination des Etats-Unis et de leurs relais réactionnaires en Amérique latine. Ces gouvernements (Bolivie, Equateur, Nicaragua, Venezuela) se retrouvent au sein de l’ALBA.
La Via Campesina
Mais le coup de semonce du Honduras vaut aussi pour le Guatemala et le Salvador où ont été élus des présidents de centre-gauche. Dans ces pays aussi, il existe un risque de renversement violent des gouvernements en place dont les mouvements sociaux sont bien conscients. Rafael Alegria, dirigeant hondurien du mouvement international paysan
Un coup de chapeau à l'Union européenne
Les enjeux sont considérables pour l’avenir de la démocratie en Amérique latine. Une victoire des putschistes et le moindre assouplissement de la position de la « communauté internationale » face au gouvernement « de fait » équivaudrait à un feu vert donné aux autres oligarchies latino-américaines pour tenter de renverser les gouvernements démocratiquement élus du continent. En tête de liste : la Bolivie
De ce point de vue, on ne peut que saluer la décision de l’Union européenne (UE) – tardive mais salutaire –, annoncée par la commissaire européenne aux relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner, de geler 65,5 millions d’euros de crédits européens destinés à l’aide budgétaire, c'est-à-dire à l’administration de l’Etat hondurien ( sur les 127,5 prévus pour 2010) aujourd’hui soumise au gouvernement « de facto ». Cette première mesure concrète reste toutefois très limitée. Elle ne concerne pas l’ensemble des aides (fixées à 223 millions d’euros pour la période 2007-2013) et ne s’accompagne pas de véritables sanctions économiques et commerciales.
Par ailleurs, l’UE a annoncé, mardi 21 juillet, « la restriction des contacts politiques avec les représentants du gouvernement « de facto » ». C’est une bonne chose. Toutefois, ici encore, elle ne remet toujours pas en cause les procédures de facilités commerciales (soumises au respect des conventions internationales en matière de droits de l’homme) qui la lie au Honduras.
L'échec d'Hillary Clinton
L’ensemble de ces mesures ont été prises après que le régime putschiste ait annoncé, le 19 juillet, son refus d’accepter les propositions du président du Costa-Rica, Oscar Arias, dont la médiation avait été souhaitée par la secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Hillary Clinton, et acceptée par Manuel Zelaya.
Car, et ce point n’est pas secondaire dans la situation, ce coup d’Etat est aussi un test majeur pour le gouvernement de Barack Obama. Il a été ouvertement encouragé, sinon provoqué par la droite américaine et une partie de son administration et de son armée qui cherchent à l’affaiblir sur le plan intérieur en le poussant à « choisir » entre les alliés et les intérêts politiques et économiques traditionnels des Etats-Unis, et le soutien à un président « coupable » de relayer le péril « chaviste ». Le président des Etats-Unis et sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton sont maintenant au pied du mur. Ils doivent désormais démontrer que leur dénonciation du coup d’Etat au Honduras n’est pas de pure façade, mais qu’elle est suivie d’effets et d’engagements : sanctions économiques et commerciales, gel des avoirs financiers des putschistes aux Etats-Unis, etc.
Hillary Clinton s’est directement entretenue, le 19 juillet, avec Roberto Micheletti afin de le mettre en garde contre les conséquences de son refus d’accepter les propositions du plan de médiation. Elle a menacé le président « de fait » d’une suspension des aides des Etats-Unis. On comprend pourquoi. Ce plan, élaboré par l’homme de confiance de Clinton qu’est Oscar Arias, assurait une participation des putschistes à un gouvernement de « réconciliation nationale », limitait le pouvoir du président Zelaya pour la fin de son mandat, l’engageait à ne pas organiser « la quatrième urne » lors des prochaines élections nationales (lire « Coup d’Etat au Honduras » ) et actait l’avancement d’un mois de ces dernières. En d’autres termes, il était extrêmement avantageux pour le régime illégitime. Quant à lui, Manuel Zelaya était prêt à l’accepter comme point de départ pour les discussions. Et pourtant, les putschistes ont refusé d’abandonner le moindre centimètre de leur pouvoir acquis dans le sang et le viol de la démocratie.
Il s’agit d’un camouflet pour Hillary Clinton, et il lui est difficile, dans ces conditions, de ne pas réagir, au moins verbalement. Il faudra attendre les prochains jours pour voir si ces menaces se traduisent concrètement.
Vers une guerre civile ?
Alors qu’Oscar Arias évoque désormais le risque d’une « guerre civile » au Honduras, suite à l’obstination du gouvernement « de fait », le mouvement populaire se mobilise à Tegucigalpa et à l’intérieur du pays. Le Front national de résistance contre le coup d’Etat, qui rassemble de nombreuses organisations, dont les trois principaux syndicats du pays ( la Centrale la Confédération la Confédération
Le retour au Honduras de Manuel Zelaya – qui n’a jamais été aussi populaire, et qui a habilement anticipé la position des putschistes dans la négociation - ne concerne pas uniquement sa propre personne, mais bel et bien l’avenir de la démocratie en Amérique latine. Il vient de l’annoncer possible à partir du mercredi 22 juillet, date à laquelle prendra fin le délai demandé par Oscar Arias pour convaincre les putschistes d’accepter son plan.
19 juillet 2009
La mue du politique - Corinne LEPAGE sur Marianne2.fr, le 19 juillet 2009
Le système droite-gauche est obsolète. Le «vivre autrement» doit se conjuguer avec le «politique autrement».
Comment imaginer un instant que la crise globale qui nous envahit laisserait de côté le politique, qu’il s’agisse de l’organisation ou du projet ?
La réalité est qu’il existe aujourd’hui deux manières de voir le monde. La première consiste à adapter à la marge (plus ou moins grande) le système actuel. Cette conception a pour elle le mérite du pragmatisme et le succès qu’elle rencontre encore (qui peut se mesurer au succès des droites européennes lors des dernières élections) s’explique par une forme de sécurité virtuelle qu’elle offre. On connaît ce qui était et on espère y retourner avec des améliorations que chacun apprécie en fonction de sa situation personnelle. La locution « retour de la croissance » est le talisman de cette vision que partagent libéraux et socialistes attachés à un système productiviste, dans lequel la dégradation des ressources naturelles et de la qualité, voire la dignité de vie, sont secondes par rapport au progrès économique qui doit porter avec lui le progrès social.
La seconde manière est celle du XXIe siècle. Elle repose sur l’acceptation de « l’enfermement planétaire », pour reprendre l’expression d’André Lebeau, c’est-à-dire de la finitude du monde qui exige de repenser en totalité nos modes de production et de consommation mais aussi notre comptabilité et notre organisation. L’évolution soutenable, qui impose de définir, en fonction du caractère durable ou non de l’activité, sa pérennité et sa trajectoire, est seule à même de répondre au défi majeur du XXIe siècle, celui de la survie de l’humanité. Dans cette seconde vision, qui est destinée au cours de ce siècle à devenir la première, la « politique autrement » comme le « vivre autrement » deviennent la pierre angulaire de cette nouvelle construction politique pour laquelle nul ne peut prétendre à la légitimité pour la bonne et simple raison que tout est à écrire et à faire. Le processus décisionnel, et avant lui conceptuel, doit donc suivre de nouvelles voies, combinant le « bottom up » et le « top down », autrement dit imaginant une double dynamique partant de la base et du sommet, dans une organisation qui n’a plus rien à voir avec, en particulier, la structure d’apparatchiks des partis politiques, qui se partagent des postes d’autant moins nombreux que le cumul des mandats reste une réalité bien française. La décentralisation économique, énergétique, politique est au cœur de cette deuxième voie dans un rapport entre global et local qui doit être revisité pour faire du territoire non plus le réceptacle des décisions prises dans le cadre mondialisé, mais la première pierre d’une construction qui s’inscrit dans un mouvement global. La transparence des choix, la probité des acteurs, un Etat de droit effectif et efficace sont la garantie du système.
Entre ces deux visions du monde, la question n’est pas de se reconnaître de droite ou de gauche en fonction de critères qui sont obsolètes puisqu’ils reposent sur un présupposé commun : la croissance infinie. La question est de savoir si les choix du XXe siècle peuvent être prolongés ou si le XXIe siècle est radicalement nouveau. Oui, le choix est binaire entre Anciens et Modernes, mais il transcende les partis traditionnels et conduit à l’émergence d’une nouvelle force, démocratique et écologiste, solidaire et humaniste, qui reste à construire.
18 juillet 2009
Le fil "Sondages de l'Élysée" - Rue89 - Le 18 juillet 2009
OpinionWay : les sondages pour l'Elysée ont un prix
Par Docteur Panel | Sondologue
L'Elysée a payé à OpinionWay 392 228 euros pour des sondages parus dans Le Figaro et sur LCI. Une somme difficile à justifier.
Un rapport de la Cour des comptes publié ce jeudi indique que l'Elysée a payé en 2008 à OpinionWay 392 228 euros pour des sondages parus dans Le Figaro et sur LCI. OpinionWay a rétorqué vendredi qu'il s'agissait d'une « prestation différente correspondant à des questions confidentielles » posées en plus des « questions financées par LCI et Le Figaro ».
Quand Ségolène Royal se plaignait des sondages d'OpinionWay, on avait de bonnes raisons de croire son avis quelque peu biaisé. Quand c'est la Cour des Comptes, forcément on dresse l'oreille. Près de 300 000 euros par an pour un sondage disponible gratuitement dans la presse. Mazette ! j'entends d'ici les grincements de dents jaloux des autres instituts, qui dans l'ensemble tirent le diable par la queue ces derniers temps. Bonne occasion d'analyser l'économie d'un sondage.
Les études par Internet, moins chères mais moins fiables ?
En attendant le travail d'un journaliste qui parviendrait (souhaitons-lui bonne chance ! ) à obtenir de quelques instituts un « porte-monnaie des sondages aux rayons x » sérieusement chiffré, livrons-nous ici à un exercice d'estimations en prenant pour exemple un baromètre hebdomadaire en ligne (comme le Politoscope d'OpinionWay).
Il faut savoir que l'interrogation par Internet a divisé le coût du recueil d'information par 3 ou 4. Au lieu de payer des enquêteurs à arpenter les rues et se heurter à des digicodes hermétiques et des habitants soupçonneux, au lieu d'appeler des milliers de gens au téléphone dont une écrasante majorité vous raccrochent au nez, il suffit avec Internet d'envoyer des mails à une base de données d'individus ayant accepté de répondre à des enquêtes, moyennant un dédommagement, le plus souvent en points de fidélité et autres bons cadeaux.
Ce qui pose d'énormes problèmes de représentativité, sporadiquement débattus mais finalement très minorés par les instituts. La plupart pratiquent ce type de sondages mais font le gros dos et profil bas quand le sujet revient : ils n'ont pas très envie d'en parler tant qu'ils n'ont pas trouvé de méthode pour, sans rien débourser, améliorer la valeur représentative des études par interrogation en ligne. Ça demande un peu de recherche, d'études (fondamentales) sur les études (appliquées)… Le cordonnier mal chaussé… je ne vous fais pas un dessin.
Les dirigeants d'OpinionWay ont adopté la stratégie opposée : ils sont d'énergiques défenseurs de l'idée que ces sondages sont aussi représentatifs que les autres et « évangélisent » le public sur ce thème dans de nombreuses tribunes. Et ils ne rencontrent guère de contradicteurs, car depuis cinquante ans les instituts de sondages ont ancré dans les esprits l'idée que pour être représentatif, il suffit d'avoir le bon nombre d'hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de chefs de famille ouvriers (au fait, c'est quoi un ouvrier en 2009 ? et un chef de famille ? ), de Savoyards et de Bretons…
Mais le débat de la représentativité est vaste, et il touche directement à des questions profondes sur la démocratie. Le sujet mériterait d'ailleurs un vrai débat public sur cette question. Chiche.
Comment se calcule le prix d'un sondage ?
Assez digressé, revenons à nos triviales questions d'argent.
Le principal coût des enquêtes en ligne est donc la « maintenance » de cette base de données (enlever les doublons, les adresses périmées, recruter de nouveaux individus prêts à répondre, etc .), ainsi que la mise en ligne du questionnaire. Son traitement informatique est également devenu facile et peu coûteux.
Aujourd'hui, si vous demandez à un prestataire d'enquêtes en ligne de poser un questionnaire de 20 minutes à un échantillon d'un millier de personnes, rien que pour vous, pour une seule fois, il vous prendra 5 à 6000 euros, traitement informatique compris mais sans compter l'analyse, que vous ferez vous-même.
Une étude récurrente comme le Politoscope Figaro-LCI est certainement moins coûteuse, c'est tout l'avantage des choses (y compris intellectuelles) que l'on produit en série.
Après, il y a le travail des analystes et les coûts de structure. En général, les instituts ont un « taux de marge » de 50% environ, ce qui veut dire en clair que l'on peut estimer également à 5 ou 6000 euros le travail d'analyse sur notre exemple. Bref, un tel baromètre hebdomadaire coûte au grand maximum 500 000 euros par an. Il contient également chaque semaine des questions confidentielles, achetées « à la pièce » pas très cher (entre 600 et 2000 euros la question), ou encore des traitements statistiques spécifiques des questions du « tronc commun » : ça ne fait pas beaucoup de travail en plus, et c'est de la marge en plus, puisque les coûts fixes sont amortis par les principaux commanditaires.
Ce sont ces questions ou traitements complémentaires que l'institut OpinionWay invoque dans son communiqué en page d'accueil pour justifier la vente à l'Elysée d'un sondage disponible à l'œil dans la presse. Ce en quoi il a bien raison : il s'agit d'une vraie prestation, pas d'une vente fictive.
Une estimation large donne une somme moitié moindre
Ce qui fait tiquer ses confrères (et nos sages de la Cour des Comptes) c'est le montant. Là encore nous ne pouvons faire que des estimations : une journée de chargé d'études est facturée, tout compris (incluant salaire, charges sociales, frais de structure de l'entreprise, etc.), environ 800 euros. Mettons le double pour l'analyste expérimenté qui l'encadre. Et ajoutons encore -c'est large- 800 euros la journée de traitement informatique.
Chaque semaine, les petits traitements confidentiels comme ceux de l'Elysée coûtent donc, disons, une journée de travail de chargé d'études, une demi-journée de son chef (celui qui est payé le double) et une journée de traitement. Et allez, une fois par mois, le directeur du département politique vient en personne apporter son regard aiguisé, à 3000 euros la journée. Le coursier est offert, le café aussi. Ça fait 2400 euros la semaine, plus 3000 par mois, soit 156 000 euros par an. Admettons que les vendeurs d'OpinionWay soient plus convaincants que le commun des sondeurs. Mais à 392 000 euros ils sont beaucoup, beaucoup, beaucoup plus convaincants. Ça doit être ça qui énerve.
Et quand ça énerve le ton monte. Les grands mots sortent. L'honorable institut conclut son communiqué de home page (de ce 17 juillet) par cette menace adressée à la cantonade :
« Nous nous réservons enfin le droit d'engager des procédures à l'encontre de tous ceux qui exprimeraient des propos à caractère diffamatoire sur OpinionWay. »
Bienvenue dans le débat public.
17 juillet 2009
Le fil "Sondages de l'Élysée" - Marianne2.fr - Le 17 juillet 2009
Sondages de l'Elysée: la polémique enfle
Gérald Andrieu - Marianne | Vendredi 17 Juillet 2009 à 17:51 |
En épluchant les comptes de la Présidence de la République, la Cour des comptes a mis à jour un cabinet chargé de jouer les intermédiaires entre l’Elysée et des instituts de sondages. Problème : certains des sondages payés par la Présidence auraient atterri dans des journaux. Mis en cause, OpinionWay dément...
Sarkozy avait décidé de se soumettre de lui-même au contrôle de la Cour des comptes, il va peut-être le regretter. Car les Sages, en fouillant les comptes de la présidence de la République, ont peut-être déterré une petite bombe politique. Petit rappel sur ce qu’on apprend-on à la lecture de leur rapport ?
1) La Présidence a versé 1,5 million d’euros à un cabinet d’études dont le nom n'a pas été rendu public, chargé de jouer les intermédiaires entre l’Elysée et des instituts de sondage.
2) Le partenariat qui lie l’Elysée et ce cabinet s’est fait sur la base d’une simple convention sans passer par la procédure pourtant obligatoire d’appel d’offre.
3) Cette convention (qui tient sur une maigre page !) donnait jusqu’à très récemment tout pouvoir à ce cabinet (« [Le cabinet] sera chargé de juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ou études d’opinion dont il confiera l’exécution aux instituts spécialisés de son choix, sur la base d’une facturation ponctuelle incluant la rémunération par [le cabinet] de ses sous-traitants techniques. »).
4) Ce cabinet est, d’après la Cour, « un client du “Politoscope”, enquête grand public “omnibus” réalisée par l’institut OpinonWay, dont les résultats sont publiés par Le Figaro et LCI ». Autrement dit, l’Elysée pourrait être un des bailleurs de fond du “Politoscope” sans que son nom n’apparaissent jamais en légende de cette enquête lors de sa publication.
Mais pour OpinionWay, les Sages de la Cour font fausse route : le “Politoscope” serait payé exclusivement par LCI et Le Figaro. C’est ce qu’explique Bruno Jeanbart, directeur des études politiques à OpinionWay. L’Elysée se serait retrouvé à leurs côtés dans le cadre d’enquêtes dites « omnibus », un dispositif « très classique utilisé par la plupart des instituts de sondages », précise-t-il. Ce dispositif permet de soumettre un même panel à des questions émanant de différents clients et ce, dans l’optique de réaliser des économies. En clair, lorsque des sondés étaient soumis aux questions du “Politoscope” du Figaro et de LCI, explique Bruno Jeanbart, il leur était également posé des questions, différentes, décidées par l’Elysée. Et ces questions, affirme-t-il, ne finissaient pas dans Le Figaro et LCI.
Pourtant, la Cour des comptes estime que, « en dépit des 392 288 euros facturés par ce cabinet à la Présidence pour la participation à ces enquêtes (…), la comparaison des résultats publiés dans la presse et de ceux remis à la Présidence ne fait pas apparaître de différences… »
D’ailleurs, du côté même des journalistes du Figaro, on commence à douter sérieusement d’OpinionWay. Dans un communiqué, la Société des Rédacteurs du journal demande à sa direction « de mettre immédiatement un terme à ce type de "coproduction" qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe » : « Il appartient au Figaro de choisir seul les instituts de sondage auxquels il commande des études, de déterminer avec eux les sujets de ces études et les questions posées à l’échantillon représentatif, et de publier les résultats in extenso assortis des commentaires des journalistes rédigés en toute indépendance. »
L'article du Figaro du 17 juillet consacré au rapport de la Cour des comptes.
5) La Cour des comptes soulève un autre problème : sur les 35 études facturées par ce mystérieux cabinet, au moins 15 ont fini dans les médias. On ne connaît pour l’heure ni le nom du ou des journaux qui auraient fait paraître ces sondages, ni même le nom du ou des instituts qui les ont réalisés (Bruno Jeanbart affirme qu’« a priori, ce n’est pas OpinionWay »). En revanche, pour ce qui est du but recherché, on se doute bien que l’Elysée avait tout intérêt à faire paraître des enquêtes qui lui étaient favorables...
6) On apprend également qu’une partie de ces enquêtes d’opinion qui ont atterri dans les colonnes des journaux étaient amputées de certaines questions. Ce qui pose là, en plus d’un problème de manipulation politique, un problème éthique pour le ou les instituts qui ont accepté de voir paraître leurs travaux maquillés. La règle dans le métier veut que toute enquête soit rendu publique. Bruno Jeanbart explique qu’il s’agit, à OpinionWay, d’une règle « tacite » : « Quand un client ne peut, par manque de place, publier toute une enquête, il la publie généralement en intégralité sur son site internet. C’est le cas notamment du Figaro. Par ailleurs, sur notre propre site, nous mettons les études en entier. »
Les charges sont donc lourdes. Très lourdes même. Mais l’opposition ne paraît pas vraiment chamboulée par ces révélations. Certes, Delphine Batho, députée proche de Ségolène Royal, a bien fait paraître un communiqué sur le site Désir d’avenir dans lequel elle demande que « l’Elysée [rende] publique la liste précise des 15 sondages payés par la présidence de la République et qui ont été publiés par certains médias. » (1) Mais il s’agit là d’un communiqué en son nom propre. Du côté de Solférino, à 17 h 30, soit bien plus de 24 heures après publication du rapport des Sages, toujours rien de rien. Aucune communiqué officiel (2). Et pour son porte-parole, Benoît Hamon, d’annoncer fièrement sur Twitter : « Officiel : suis en vacances. Décollage vers Copenhague dans une heure. Bonnes vacances à tous ceux qui en prennent ! »
C’est surtout le chef de l’Etat qui va passer d’agréables vacances. À l’Elysée, aujourd’hui comme hier, on se refuse à « commenter le travail de la Cour des comptes ». Silencieux, Patrick Buisson l’est aussi. L’expert en sondage de Nicolas Sarkozy, qui pourrait être à la tête du mystérieux cabinet, reste encore et toujours injoignable…
(1) On pourrait ajouter qu’il serait instructif de voir également quelles sont les questions figurant dans ces enquêtes que l’Elysée et son cabinet n’ont pas souhaité rendre publiques.
(2) Le communiqué du PS a fini par tomber à 19h00.
Article réactualisé à 23h05.
** *
À l'Élysée, un cabinet manipulateur de... sondages?
Gérald Andrieu - Marianne | Vendredi 17 Juillet 2009 à 01:30 |
La Cour des comptes s’intéressait pour la première fois aux dépenses de l’Elysée. Son rapport révèle l’étrange contrat passé par la Présidence avec un mystérieux cabinet d'études...
Depuis Louis XVI, jamais chef d’Etat français n’avait vu ses dépenses contrôlées. Mais c’en est fini : la Cour des comptes vient de mettre son nez dans celles de Nicolas Sarkozy pour l’année 2008 et a rendu ses conclusions hier midi (document téléchargeable en fin d'article). De révélations fracassantes, il n’y en eut pas, du moins en apparence. Bien sûr, l’institution présidée par Philippe Séguin a mis en lumière quelques « erreurs » et « maladresses » (sic) qui ont conduit des « dépenses de nature privée » a être «réglées par les services de la Présidence». Mais que chacun se rassure : le président s’est engagé à rembourser à l’Etat 14 000 euros.
Plus intéressant et surtout plus révélateur des mœurs élyséennes sous l’ère Sarkozy, la 4e chambre de la Cour des comptes chargée de l’épluchage des factures a découvert une « convention » signée entre un cabinet d’études et la Présidence de la République qui, selon l’expression de son président Alain Pichon, « ne préservait pas bien les intérêts de la Présidence ». Heureusement, le rapport se fait plus précis. Cette convention, dont le coût avoisinerait les « 1,5 million d’euros », a été signé en dépit du code des marchés publics.
Dans son rapport, la Cour livre un passage très instructif de cette convention qui, il faut le noter, tient sur « une seule page » (!) : « [Le cabinet] sera chargé de juger de l’opportunité, dans le temps et dans les thèmes, des sondages ou études d’opinion dont il confiera l’exécution aux instituts spécialisés de son choix, sur la base d’une facturation ponctuelle incluant la rémunération par [le cabinet] de ses sous-traitants techniques. » Autrement dit, poursuit le rapport, « ce cabinet disposait d’une totale liberté d’appréciation, ce qui, a contrario signifiait que la Présidence n’avait ni la maîtrise ni le contrôle tant de l’engagement que du montant des dépenses correspondant à ce contrat. » Et d’ajouter : « Aucun bon n’était émis. La Présidence recevait l’étude accompagnée d’une facture indiquant le titre du sondage et sa date de réalisation, sans aucun autre élément permettant d’attester de la réalité du service fait et de son coût réel. »
Et lorsque les collaborateurs de Philippe Séguin se penchent sur les prestations du fameux cabinet, l'affaire devient encore plus intéressante : « Ce cabinet est un des clients du “Politoscope”, enquête grand public “omnibus” réalisée par l’institut OpinionWay, dont les résultats sont publiés par Le Figaro et LCI. En dépit des 392 288 euros facturés par ce cabinet à la Présidence pour la participation à ces enquêtes réalisées à un rythme bimensuel, la comparaison des résultats publiés dans la presse et de ceux remis à la présidence ne faisait pas apparaître de différences. On pouvait, dès lors, s’interroger sur l’utilité de ces dépenses », conclut le rapport. C’est vrai, on peut s’interroger. On peut aussi recommander au staff de Nicolas Sarkozy de lui acheter Le Figaro deux fois par mois. Coût de l’opération : 31,20 euros par an. Economie réalisée : 392 256,80 euros !
Mais la vraie question est ailleurs. Et elle n'est pas de nature financière. « Sur les 35 études diverses facturées en 2008, au moins 15 d’entre elles avaient également fait l’objet de publications dans la presse. Pour un nombre très limité d’entre elles, la version remise à l’Elysée contenait des thèmes ne figurant pas dans la version grand public. Pour les autres études, le document remis à la Présidence était identique à celui publié par des organes de presse et conduisait donc à remettre également en doute l’intérêt de telles commandes ».
Ici, la pratique du cabinet et de(s) l'institut(s) qu'il fait travailler pose plusieurs problèmes d'ordre politique et déontologique :
1) Quelle est la nécessité pour l'Elysée, qui dispose de tout un staff de professionnels de la communication de passer par un « cabinet intermédiaire », qui, en position de donneur d'ordres, a tout loisir d'orienter les études de façon à les rendre les plus utiles possibles pour le pouvoir et, dès lors, de fausser le jeu démocratique ?
2) Comment un institut de sondage peut-il accepter de voir certaines questions rendues publiques tandis que d'autres ne le sont pas, si ce n'est, là encore, pour favoriser un dessein politique ? « Normalement, une enquête est soit totalement publique, soit pas du tout, c'est le client qui choisit. Mais on ne peut pas publier certaines questions et pas d'autres. Il y a là un problème de déontologie », estime un vieux routier du secteur. On se souvient d'ailleurs que, en septembre 2006, lorsque la direction de la rédaction de la Tribune avait sucré une question dont les résultats étaient favorables à Ségolène Royal, l'Institut CSA, qui avait réalisé l'étude, avait publié la question manquante sur son site.
3) Enfin, le Figaro et LCI ont publié ces études sans mentionner le bailleur de fond, en l'occurrence l'Elysée. C'eut pourtant été plus clair...
Même si « les services de la Présidence de la République indiquent que les relations contractuelles avec ce cabinet viennent d’être modifiées dans le sens préconisé par la Cour », il reste à savoir qui est ce petit malin dont personne ne prononce le nom, ni du côté de la Cour des comptes, ni du côté de l'Elysée, ni même du côté d'un de ses fournisseurs en sondages.
Rien ne le prouve tout à fait formellement, mais il pourrait bien s’agir de Patrick Buisson, conseiller ès sondages de Nicolas Sarkozy, comme nous l'a confirmé un bon connaisseur de ces marchés de l'opinion. Contacté par Marianne par téléphone, ce dernier est resté aux abonnés absents. Pourquoi penser qu'il s'agit de lui ? Cet homme a la confiance du Président. Il lui est même très « cher ». Ce n'est pas Marianne qui le prétend, mais Nicolas Sarkozy en personne lorsque, en septembre 2007, dans les salons de l’Elysée, au moment de lui remettre la légion d’honneur, le chef de l'Etat se laisse aller à une bien élogieuse confidence : « C'est à Patrick que je dois d'avoir été élu » ! Et le Président serait bien bête de se passer de ses services pour l'élection suivante qu'il évoque si souvent auprès de ses proches : ne dit-on pas qu'on ne change pas une équipe qui gagne ? Arrêt sur Images mentionne le cabinet de Pierre Giacometti. Il est exact que ce dernier conseille l'Elysée et ne s'en cache pas. En revanche, il nie depuis la création de son cabinet toute approche qui en ferait un intermédiaire entre le client — l'Elysée en l'occurrence — et les sondeurs.
Comment expliquer la reconnaissance portée par notre président à ce discret consultant ? A l’origine, Patrick Buisson est journaliste. Il était jusqu'il y a peu dirigeant d'une société de conseil, Publifact, et est directeur général de la chaîne Histoire, filiale de TF1, après être passé par LCI, Valeurs actuelles et Le Figaro. Mais il a dirigé par le passé des titres un poil moins « politiquement correct » comme Le Crapouillot et Minute. Nicolas Sarkozy en a fait l'un de ses consultants les plus écoutés après sa prédiction, exacte, de la victoire du « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen et ce, dès l’automne 2004. C’est lui, aussi, qui l’a convaincu que la bataille de la présidentielle se gagnerait à droite, en siphonnant les voix de Le Pen, et non au centre de l'échiquier politique comme le croyaient Alain Duhamel et les autres. C’est ce qui s’appelle avoir du nez. Et ça, ça n’a peut-être pas de prix. Surtout en prévision de l'élection de 2012...
L'Inde s'apprête à lancer son premier sous-marin nucléaire d'attaque - Jean GUISNEL - Le Point, le 17 juillet 2009
Samedi 18 juillet 2009
Publié le 17/07/2009 à 14:40 - Modifié le 17/07/2009 à 16:22 Le Point.fr
MARINE
L'Inde s'apprête à lancer son premier sous-marin nucléaire d'attaque
L'Inde est sur le point d'entamer les essais à la mer, dans la baie du Bengale, de son premier sous-marin nucléaire d'attaque de fabrication locale, l'INS Arihant , longtemps connu sous son seul de code d'ATV (Advanced Technology Vehicle). Le baptême officiel du navire aura lieu le 26 juillet, affirme le quotidien India Today et sera célébré par Gursharan Kaur, épouse du Premier ministre Manmohan Singh qui se trouvait le 14 juillet à la tribune officielle de la place de la Concorde, aux côtés du président français Nicolas Sarkozy. C'est une noix de coco, et non une bouteille de champagne, qui s'écrasera contre la coque de l' Arihant .
L'Inde connaît bien les sous-marins nucléaires d'attaque russes, dont elle avait loué un exemplaire de la classe Charlie-1, entre 1987 et 1991. Le programme ATV doit compter à terme cinq sous-marins, et l' Arihant , tête de série, a été mis sur cale en 1998. Il ne sera pas opérationnel avant 2012. Construit sous licence, ce modèle serait très proche du type Viktor-III , un sous-marin nucléaire d'attaque toujours en service dans la marine russe, auquel les Indiens ont adapté leur propre réacteur de 100 MW, développé au centre de recherches atomiques de Kalpakkam. D'après la presse indienne, ce navire serait à terme en mesure d'emporter trois missiles à tête nucléaire K-15 Sagarika , de 8,5 mètres de long et d'un mètre de diamètre présentés comme tirés en submersion à partir d'un tube de lancement vertical, et de 700 kilomètres de portée. Un essai réussi de tir sous-marin aurait eu lieu le 26 février 2008. Il existe une version terrestre de ce vecteur, le Shaurya.
L'Inde prête à entrer dans un cercle très fermé
Pendant ce temps, les Russes poursuivent cette semaine en mer du Japon les derniers essais du sous-marin nucléaire d'attaque INS Chakra , un navire de dernière génération de la classe Akula-II de 12.000 tonnes, loué par la Russie à l'Inde pour 65 millions de dollars par an sur dix ans. Selon l'agence Novosti, les essais doivent se poursuivre durant deux semaines, jusqu'à la fin juillet. En novembre dernier, ce même navire, alors baptisé Nerpa , avait subi une défaillance de son système de détection d'incendie et d'extinction automatique, provoquant la mort de trois marins et de dix-sept ouvriers des chantiers navals. Les réparations ont coûté 60 millions de dollars, et l'enquête a conclu à la responsabilité d'un membre de l'équipage .
Lorsque la marine indienne disposera d'un sous-marin nucléaire opérationnel, elle rejoindra un club très fermé comprenant les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et la Chine. Avec le soutien de la France, le Brésil cherche lui aussi à maîtriser cette technologie.
article issu de la rubrique "Défense ouverte" de Jean GUISNEL
16 juillet 2009
Anti-cumul cumulard, Arnaud Montebourg lâcherait un mandat - Par Julien Martin - Rue89 - Le 16 juillet 2009
Député et président du conseil général de Saône-et-Loire : un mandat de trop, selon Arnaud Montebourg. Longtemps chantre du combat contre le cumul des mandats, l'élu socialiste avait fini par craquer aux cantonales de 2008. Lundi, il dira qu'il va prochainement renoncer à l'un de ses deux mandats, sans préciser lequel.
Le résultat d'une réflexion donnée au cours de la nouvelle émission de France Info, enregistrée à l'avance et présentée par Philippe Vandel, « Tout sauf évident », dont Rue89 a obtenu l'extrait.
Arnaud Montebourg explique sa décision :
« Un an après mon expérience qui a mis fin à onze ans de mandat unique, je reste convaincu qu'il faut mettre fin à ce système généralisé. (…) Je n'ai pas l'intention de poursuivre cette expérience de cumul de mandat. »
Celui qui est également secrétaire national à la Rénovation au Parti socialiste laisse d'abord à penser qu'il quittera son poste de président de conseil général, en affirmant qu'il y a « aujourd'hui un étranglement financier de nos collectivités locales », ainsi qu'une « stratégie politique de coulage par le pouvoir des contre-pouvoirs locaux ».
Mais aussitôt, à la question de savoir s'il pourrait abandonner son siège de député, il répond sans ambages : « Parfaitement ! Ou l'inverse… » Quoi qu'il en soit, « la question se posera rapidement ».
« Ne considérez pas cela comme annonce »
Contacté un peu plus tard par Rue89, Arnaud Montebourg « ne retire rien de ses propos » sur France Info, mais indique : « Ne considérez pas cela comme annonce, j'ai seulement donné mon état d'esprit. » Début de rétropédalage ? Non, assure-t-il :
« Au bout d'un an d'expérience de cumul des mandats, je crois qu'il y a un problème. Mais je déciderai en temps voulu. En tout cas, la question est posée, et il faudra vite y répondre. Mais il n'y a ni calendrier ni choix entre les mandats. Cela dépendra aussi du Parti socialiste, j'en ai par-dessus la tête en ce moment… »
Ce choix, entre la multiplication des pouvoirs et le respect des ses convictions, s'était déjà posé à l'élu socialiste fin 2007. Le 18 décembre de cette année, il avait fait publier dans les quotidiens locaux une lettre, révélée la veille par Rue89, pour annoncer son ambition : se présenter aux élections cantonales de mars 2008 et prendre la tête du conseil général.
« Une Assemblée émasculée par le sarkozysme »
« Il s'agit de ma part d'un choix lié à la situation du pays, aux graves bouleversements qui se préparent. (…) Cette candidature est d'abord un acte de résistance à la montée de l'absolutisme sarkozyste.
« En 2012, la gauche aura été pendant dix longues années dans l'opposition. (…) Pour ma part, j'aurai 49 ans et accumulé quinze années de vie publique, après huit années de vie professionnelle. On me demandera alors des preuves de ce que j'aurai fait et concrètement assumé. Il ne sera pas possible d'avoir exclusivement vécu dans l'exercice tribunicien pur, au sein d'une Assemblée nationale émasculée par le sarkozysme. »
Pari réussi quelques mois plus tard : il remportait dans les urnes à la fois un poste de conseiller général et la présidence de l'assemblée départementale. Un pari qu'il semble donc en passe de remettre en cause aujourd'hui, même si la situation politique du pays n'a guère évolué.
15 juillet 2009
Réponse de Marie-George BUFFET, Secrétaire nationale du PCF, suite à la lettre de Martine AUBRY - 15 juillet 2009
"Chère Martine,
La situation du pays est grave. C’est par ces mots, que nous ne pouvons que partager, que débute la lettre que tu viens de nous adresser. Mais à ce constat, qui impose effectivement à toutes les forces de gauche des responsabilités particulières, j’en ajoute d’emblée un second : si la situation du pays est grave, celle de la gauche l’est aussi. Et il y a des raisons à l’une et l’autre de ces situations.
La crise que connaissent notre pays, l’Europe, le monde n’est pas une crise de plus. Elle est, à nos yeux, une crise globale du système capitaliste mondialisé. Après avoir construit, ces dernières décennies, la domination renforcée des multinationales et des marchés financiers, et la croissance exponentielle des profits sur l’écrasement des revenus salariaux, sur la mise en concurrence systématique des salariés, des peuples et des territoires, sur le recul des protections sociales et des politiques publiques au profit de la marchandisation accrue de toutes les activités humaines et des ressources naturelles, les partisans de ce système cherchent aujourd’hui une sortie de crise dont les salariés paieraient l’addition. C’est inhumain, profondément injuste et totalement inefficace. On ne sortira plus de telles crises sans s’attaquer à la domination de ces logiques. La crise écologique et climatique est d’ailleurs le résultat des ces politiques de profit court-termistes, poussant à un productivisme aveugle, ignorant la nécessité d’apporter des réponses durables aux besoins humains, dans le respect des populations et des éco-systèmes. L’hégémonie capitaliste sur le monde a de surcroît conduit à l’amplification d’une très grave crise démocratique qui met à mal à tous les niveaux la légitimité de choix imposés aux populations contre leurs intérêts et ceux de l’avenir de la planète. C’est particulièrement vrai de la construction européenne actuelle, qui bafouant le « non » des Français en 2005 et exigeant aujourd’hui des Irlandais de revenir sur leur vote, s’acharne à mettre en œuvre le traité de Lisbonne et ses orientations libérales. La France La France La France
Conscient du danger, notre peuple a clairement manifesté ces derniers mois son opposition à la poursuite de cette politique. Mais sans alternative politique à la hauteur, cette opposition populaire risque d’être condamnée à l’impuissance. Et la droite ne manquerait pas d’exploiter plus encore le désarroi que cela nourrirait.
Il y a donc effectivement urgence à relever le défi de la construction d’une alternative politique à gauche. Mais il ne suffira pas pour cela de lancer des appels miracles au rassemblement, quand à l’évidence l’état actuel de la gauche renvoie à de très sérieux débats sur l’analyse de la crise et sur la nature des ruptures à opérer pour en sortir. Tu invites à défricher les voies d’une « nouvelle démarche de rassemblement à gauche ». Cela passe par une confrontation transparente, associant le débat public populaire, sur ces choix. La gauche est divisée et elle doit s’unir. Oui, mille fois oui, mais seule la clarté des choix et du projet à mettre en œuvre peut l’unir. Cela vaut à nos yeux pour toutes les échéances, sociales ou électorales. C’est d’ailleurs cette double ambition, pour nous indissociable, de la clarté du projet et du rassemblement le plus large jusqu’à constituer une majorité populaire et politique, qui nous conduits à vouloir poursuivre et élargir la démarche du Front de gauche que nous avons initié avec de premiers succès lors de l’élection européenne.
Autant le dire franchement, si des mobilisations sociales ou des batailles parlementaires nous permettent de nous retrouver, et jamais nous ne refuserons les possibles fronts d’action contre la politique de la droite, nous ne percevons pas à l’heure qu’il est la clarté nécessaire dans les positions du Parti socialiste sur l’Europe, le financement des retraites, la réforme des institutions, pour ne prendre que ces exemples d’actualité. Et que dire de la répétition d’alliances locales avec le Modem, en totale contradiction avec les intentions affichées dans ta lettre.
L’état d’esprit constructif qui nous anime face aux dangers de la situation actuelle me conduit évidemment à accepter la proposition de rencontre que tu formules. La situation du pays et celle de la gauche sont suffisamment graves pour ne négliger aucune démarche de dialogue entre forces de gauche. Mais je le répète, c’est un échange sérieux que nous voulons, sur le fond des choix devant lequel se trouve la gauche, et non d’une démarche de façade ou de replâtrage."
Jean-Pierre ChEVÈNEMENT répond à la lettre de Martine AUBRY - Le 15 juillet 2009
Madame la Première Secrétaire, chère Martine,
J’ai bien reçu votre lettre du 7 juillet 2009. Nous partageons l’idée que « la gauche doit changer », mais elle ne saurait, selon nous, surmonter ses divisions que si, tous ensemble, nous sommes capables de procéder à une analyse sérieuse et approfondie de la « globalisation financière » ou si vous préférez, du capitalisme financier de notre temps. Ce système qui a creusé les inégalités et entraîné un profond recul de la démocratie ne s’est pas installé d’hier. Sa crise implique que nous définissions des ripostes qui soient « à la hauteur ». Nous devons offrir un projet dans lequel le peuple français puisse se reconnaître.
A cet égard, nous sommes trop conscients des insuffisances que la gauche a manifestées après 1983 aussi bien que dans la période dite de la « gauche plurielle » (1997-2002) pour proposer de revenir à des formules qui ont montré leurs limites. Il a manqué et il manque encore à la gauche un « projet ».
Nous sommes donc partisans d’Etats-généraux de la gauche où chacun pourrait exposer ses analyses et ses propositions, non pas sur un sujet particulier mais sur l’ensemble de la démarche qui permettrait de rendre un espoir à notre peuple.
Nous ne voulons pas noyer sous des initiatives particulières qui brouilleraient encore plus le message de la gauche, l’autocritique salubre et nécessaire et les propositions à la fois audacieuses et réalistes qui pourraient retisser un lien de confiance, aujourd’hui fortement distendu entre la gauche et les couches populaires.
Pour ce qui le concerne, le Mouvement Républicain et Citoyen avait proposé, lors de son dernier Congrès, les 28 et 29 juin 2008, au Kremlin-Bicêtre, une « refondation républicaine » de toute la gauche. Qu’entendons-nous par là ? Qu’en toutes choses l’intérêt du pays soit notre boussole. C’est cette exigence républicaine qui pourrait permettre de déboucher sur la création d’un grand parti de toute la gauche seul capable de fournir l’électrochoc nécessaire. Nous constatons que notre offre n’a rencontré aucun écho de la part de la direction du parti socialiste, jusqu’à votre lettre du 7 juillet 2009 évoquant une « maison commune », aux contours, il est vrai, pour le moins imprécis.
Le redressement de la construction européenne, le rôle que la France peut y prendre, la conception républicaine de la nation sont évidemment des questions clés. L’est également l’élaboration d’un nouveau modèle de développement qui soit soutenable dans la durée et tienne compte de la nouvelle multipolarité du monde. Entre les Etats-Unis et la Chine dont la relation structurera le XXIe siècle, la France et l’Europe ont des intérêts légitimes à défendre, à commencer par ceux de nos couches populaires, particulièrement éprouvées par les délocalisations d’activités.
L’intérêt général de notre peuple et celui de l’Humanité tout entière, ne sont pas contradictoires. Encore faut-il inventer un nouveau chemin. C’est à cela qu’une gauche digne de ce nom devrait consacrer ses efforts. Pour ne pas décevoir à nouveau, la gauche doit tenir un discours de vérité.
C’est dans cet esprit que le Mouvement Républicain et Citoyen est prêt à participer à la rentrée à une rencontre des partis de gauche qui permette de « débroussailler le terrain ».
Je vous prie de croire, Madame la Première Secrétaire et chère Martine, en l’assurance de ma meilleure pensée.
Le dictionnaire des mots interdits: Lutte des classes - Gérald ANDRIEU - Marianne2.fr - Le 15 juillet 2009
Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. L’année qui vient de s’écouler avait un vrai goût de «lutte des classes». Mais surtout n’usez pas de cette expression: elle est marquée au fer… rouge!
La novlangue continue son travail de sape : on ne s’autorise même plus à parler de classes (à l’exception notable du grand fourre-tout pluralisé que sont les « classes moyennes »). Aujourd’hui, il n’est plus question que de CSP. Non, pas les « comités de salut public » — c’est bien trop subversif — mais les « catégories socioprofessionnelles ». D’ailleurs l’acronyme CSP, dans les colonnes des journaux, a bizarrement tendance à ne se conjuguer qu’au positif : les « CSP + », grandes consommatrices, ont le droit de cité tandis que l’expression « CSP – » semble être aujourd’hui devenue taboue ! Alors, aucun risque de voir revenir sur le devant de la scène « la lutte des classes ». Une expression bien trop marquée. Et au fer rouge en plus !
Pourtant, l’année qui vient de s’écouler avait un vrai goût de « lutte des classes ». Avec la crise, les disparités entre « classes laborieuses » et « classe dominante » (ça fait bizarre mais, vous verrez, on s’y fait !) se sont montrées plus criantes que jamais. Heures supplémentaires, travail dominical, licenciements et chômage pour les uns. Bonus, stock-options, retraites chapeau, pantouflage, bouclier fiscal, parachutes dorés et même golden hello pour les autres. Résultat des courses : une multiplication de ce qu’on appelle pudiquement dans la France du XXIe siècle les « conflits et mouvements sociaux »...
Lutte des classes et lutte contre la « pwofitasyon »
Bien sûr, à la faveur de la crise, des concepts, que l’on disait tout aussi archaïques et gauchisants que « la lutte des classes », ont fait leur grand retour dans les discours des politiques. Qu’ils soient d’ailleurs de gauche, de droite ou du centre : « nationalisation », « redistribution des richesses », meilleure répartition entre « capital » et « travail ». Bien évidemment, à la faveur de la crise, Karl Marx, son célèbre (mais pas seul) théoricien a suscité un regain d’intérêt. Mais la théorie de « la lutte des classes », elle, n’a pas retrouvé les faveurs des commentateurs économiques et politiques « dominants ».
Même en Outre-mer, où l’actualité nous a offert un bel exemple de « lutte des classes », il a fallu faire sans. Remisée aux oubliettes des expressions politiquement incorrectes et remplacée par la lutte contre la « pwofitasyon ». Mais la « pwofitasyon » de qui ? D’une bourgeoisie locale clairement identifiée, elle, sous le nom de « békés » en Guadeloupe et de « gros blancs » à la Réunion…
War Game en Mer Rouge - L’Iran dans le colimateur des sous-marins israéliens lanceurs de missiles "Dauphins"
par Manlio Dinucci (Géographe et géopolitologue) Traduction Marie-Ange Patrizio Après avoir nié avec véhémence avoir autorisé la marine israélienne à utiliser le canal de Suez, le gouvernement égyptien a admis l’évidence. Il a alors évoqué l’application de la Convention de Constantinople —autorisant le passage d’un bâtiment militaire pourvu qu’il ne soit pas menaçant envers le pays hôte— pour mieux masquer les accords de défense israélo-égyptiens. Mais aviez-vous réalisé qu’Israël —puissance nucléaire de facto associée à l’OTAN— peut désormais positionner ses missiles n’importe où dans les cinq océans ? Le Dauphin a émergé de l’eau face aux baigneurs en villégiature à Eilat, le port israélien dans le golfe d’Aqabah en Mer Rouge. Ce n’était cependant pas un cétacée, mais un Dolphin, un des sous-marins israéliens armés de missiles nucléaires. La nouvelle a fait sensation. Ce n’est pourtant pas un mystère que les Dolphin croisent en Mer Rouge pour tenir l’Iran sous leur ligne de feu : nous l’avons écrit il y a sept ans. [1]. Les trois premiers sous-marins de cette classe, dotés des systèmes de navigation et de combat les plus sophistiqués, ont été fournis à Israël par l’Allemagne, dans les années 90, deux sous forme de don. Sur requête israélienne, aux six tubes de lancement de 533 mm, adaptés aux missiles de croisière à courte portée, on a ajouté dans chaque sous-marin quatre tubes de 650 mm, pour le lancement de missiles de croisière nucléaires à longue portée : les Popeye Turbo, qui peuvent atteindre un objectif à 1 500 kms. Ce sont des missiles dérivés des missiles états-uniens, dont la société israélienne Raphaël et Lokheed-Martin ont réalisé aussi, conjointement, une version pour avions. En 2010, aux trois sous-marins lanceurs d’engins nucléaires s’en ajouteront deux autres, toujours fournis par l’Allemagne. Ils sont construits par les chantiers Howaldtswerke-Deutsche Werft AG pour 1,27 milliards de dollars, dont un tiers financé par le gouvernement allemand. Le Jérusalem Post confirme que les deux nouveaux sous-marins aussi, dont le sigle est U-212, sont construits selon les “spécificités israéliennes” : ils ont une plus grande vitesse (20 nœuds) et un plus grand rayon d’action (4 500 km) et sont plus silencieux pour pouvoir s’approcher des objectifs sans être identifiés. Selon les experts militaires, un des trois Dolphins fournis par l’Allemagne, est gardé pour la navigation en mer Rouge et dans le Golfe Persique, l’autre en Méditerranée, et le troisième reste en réserve. Avec l’ajout de deux autres, le nombre de ceux qui sont en navigation, prêts à l’attaque nucléaire, pourra être doublé. Et ceci n’est qu’une partie des forces nucléaires israéliennes, dont le potentiel est estimé à 200-400 têtes nucléaires, avec une puissance équivalente à presque 4 mille bombes d’Hiroshima, et dont les vecteurs se montent à plus de 300 chasseurs états-uniens F-16 et F-15, et environ 50 missiles balistiques Jericho II sur rampes de lancement mobiles. Ces armes et d’autres armes nucléaires sont prêtes au lancement 24h sur 24. Le gouvernement israélien, qui refuse de signer le Traité de non-prolifération, ne reconnaît pas qu’il possède des armes nucléaires (dont l’existence est reconnue par l’Agence internationale pour l’énergie atomique), mais laisse entendre qu’il les a et peut les utiliser. Ainsi s’explique pourquoi le Dolphin est apparu sous les yeux des baigneurs d’Eilat et pourquoi le Jerusalem Post informe qu’il a transité par le Canal de Suez, au retour d’une manœuvre en Mer Rouge. Comme l’écrit ce même journal, c’est “un signal à l’Iran”. En d’autres termes, une façon de faire comprendre à l’Iran et à d’autres pays de la région, lesquels ne possèdent pas d’armes nucléaires, qu’Israël, par contre, en a et est prêt à les utiliser. Dernier « signal d’avertissement à l’Iran », la nouvelle, rapportée par Haaretz, qu’hier, deux autres navires de guerre israéliens, le Hanit et le Eilat, ont traversé le Canal de Suez en direction de la Mer Rouge. Le Hanit y avait déjà transité en juin avec le sous-marin Dolphin. Ceci implique un accord israélo-égyptien de fonction anti-iranienne. Les sources militaires israéliennes elles-même parlent d’un « changement de politique », qui permet aux unités de la marine de transiter librement par le Canal. C’est ce qu’a confirmé le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, qui a qualifié de « légitime » l’utilisation militaire du Canal de Suez par Israël, établie par « un accord entre Le Caire et Jérusalem ». Il existe donc une liaison stratégique plus étroite entre la Méditerranée, la Mer Rouge et le Golfe Persique. Et tandis qu’Israël s’exerce à l’attaque nucléaire contre l’Iran, les leaders du G8 (quasiment tous souteneurs actifs du programme nucléaire militaire israélien) dénoncent « les risques de prolifération posés par le programme nucléaire iranien », dans les documents approuvés à L’Aquila le 8 juillet « au cours du dîner ». Rseau Voltaire - Le 15 juillet 2009 |
14 juillet 2009
L’aspiration à l’égalité revient en force - Laurent Etre - L'Humanité - 14 juillet 2009
La crise a donné un nouvel élan aux valeurs de justice sociale. Même Nicolas Sarkozy doit en tenir compte…
« Une société égalitaire, c’est le contraire d’une société de liberté et de responsabilité », lançait Nicolas Sarkozy le 24 mars dernier, lors d’un déplacement à Saint-Quentin. Mais plus récemment, à Versailles, le chef de l’État a ajusté sa vision, déclarant que « pour atteindre l’égalité, il faudra savoir donner plus à ceux qui ont moins ». S’il semble ainsi avoir pris conscience du caractère incontournable, politiquement décisif en période de crise, de la référence à l’égalité, il n’est évidemment pas question pour lui de rompre avec les fondamentaux du libéralisme.
La suite de son propos en témoigne : « il faudra savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir qu’à tous les autres. Il ne faut pas le faire sur des critères ethniques. (…) Il faut le faire sur des critères sociaux. » Ainsi, toute visée redistributive se devrait d’avoir pour toile de fond non l’égalité des individus concrets, mais celle des chances, qui appréhende la société comme une grande loterie.
L’égalité des chances ouvre aussi, n’en déplaise au chef de l’État qui redécouvre les « critères sociaux » le temps d’un discours, sur la discrimination positive et les logiques de quotas. Plutôt que de renforcer en tant que telles les zones d’éducation prioritaire (ZEP), on donne ainsi la priorité à des expériences comme les « quotas ZEP » de Science-Po. Et que dire du récent rapport proposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises ? Cette proposition vise-t-elle à faire progresser l’égalité entre homme et femme ou, plus prosaïquement, à égaliser formellement l’accès au club de celles et ceux qui tirent profit d’un système social inégalitaire ? « Il n’y a aucune contradiction entre la perpétuation des élites et leur diversification : on s’efforce de les diversifier pour les légitimer, pas pour les faire disparaître », tranche l’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur d’un petit livre paru récemment, la Diversité contre l’égalité (1).
Reste que les inégalités sociales se croisent évidemment avec les inégalités de genre : aujourd’hui en France, les femmes perçoivent des salaires inférieurs d’environ 21 % à ceux des hommes. Et le racisme peut être structurel, comme en témoigne la perpétuation d’une économie de type colonial dans les Antilles. Les formes d’inégalités sont multiples, mais celle des revenus revient au cœur du débat public. Début 2009, l’affaire des stock-options de Daniel Bouton, alors PDG de la Société générale, a inauguré le scandale des revenus des grands patrons. En tenant compte uniquement des salaires, les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 80 et 270 années de SMIC (2). Des chiffres qui donnent l’aspect d’une provocation au fatalisme grinçant d’Ernest-Antoine Seillière, ancien patron des patrons, lequel déclarait, dans le cadre d’un dossier du JDD du 29 mars consacré au « divorce » entre les Français et les « super-riches » : « Nous passons d’un monde où triomphait la liberté à un monde où domine l’égalité. »
De l’égalité redistributrice à l’appropriation sociale
Pour que l’égalité domine vraiment, il faudrait peut-être, justement, que la liberté triomphe, non pas la fausse liberté du maître de forge, bien dépendant de ceux qui travaillent pour lui, mais celle de se réaliser soi-même. Cela implique de passer du refus de l’inégalité à l’offensive pour une égalité positive. N’était-ce pas déjà le souci de Marx, opposant, dans sa Critique du programme de Gotha, la logique « à travail égal, salaire égal » d’une société « portant encore les stigmates de l’ancienne société capitaliste » à celle de la société communiste réalisée : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » ? Les luttes pour la « récupération des biens communs », selon l’intitulé du manifeste adopté au Forum altermondialiste de Belem, partent concrètement de cette aspiration à l’appropriation commune, qui se développe dans le monde, notamment en Amérique latine. Début 2009, la Bolivie a adopté par référendum une nouvelle Constitution, dans laquelle certaines ressources, en particulier l’eau, sont considérées comme des biens non privatisables. C’est là le couronnement de plusieurs années de luttes populaires contre des multinationales comme Bechtel, qui utilisaient leur situation de monopole dans certaines régions pour imposer des hausses de tarifs vertigineuses, excluant de fait toute une partie de la population de l’accès à l’eau.
Qui dit bien commun dit gestion publique, partout et y compris en France, où l’INSEE a récemment présenté une étude soulignant que les « transferts en nature » réalisés par les services publics (santé, éducation, logement social…) concourent pour plus de deux tiers (69 %) à la réduction des inégalités (3). Loin d’être une valeur abstraite, l’égalité avance en s’appuyant sur les acquis des luttes sociales, cœur battant de toute démocratie véritable.
Parler égalité, c’est parler démocratie
Comme à chaque Fête nationale, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 va revenir inspirer les acteurs du débat politique. De ce texte fondateur, on retient généralement une proclamation de portée universelle : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il ne s’agit cependant que du début de l’article premier, qui se poursuit en stipulant que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Ainsi, l’égalité est dissociée de « l’égalitarisme » qui effraie tant la droite, et en même temps rapportée à l’idée d’un intérêt général. Mais la question de savoir qui est habilité à définir l’intérêt général ou l’utilité commune n’est pas tranchée. Ce n’est qu’avec la révolution de 1848 que disparaît le suffrage censitaire, qui subordonnait le droit de vote aux ressources. Et encore, dès 1850, une dose de ce suffrage est rétablie, par une loi conditionnant le droit de vote à trois ans de résidence continue dans une même commune. Ainsi, les migrants, petits paysans en exode vers les villes, sont d’emblée exclus, ainsi que les ouvriers précaires.
Parler égalité, c’est donc nécessairement parler démocratie – égale liberté d’intervenir dans les affaires publiques du pays où l’on vit et travaille ainsi que droits et pouvoirs d’intervention pour les salariés qui produisent les richesses dans les entreprises. Où en sommes-nous aujourd’hui de ce combat émancipateur ?
Laurent Etre
(1) La Diversité contre l’égalité, Walter Benn Michaels. Éditions Raisons d’agir, 2009, 7 euros.
(2) Observatoire des inégalités
(3) Portrait social de la France 2008, INSEE.
13 juillet 2009
Le dictionnaire des mots interdits: Protectionnisme européen - Philippe COHEN - Marianne 2.fr - Le 13 juillet 2009
Quatrième épisode de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Le protectionnisme européen est une option rationnelle dont la crise a renforcé la thèse puisque la contraction de la demande apparait comme la cause principale de la crise. Pourtant la solution protectionniste reste tabou, la plupart des dirigeants et des économistes la percevant comme une régression nationaliste.
« Je suis ici comme plaideur pour un protectionnisme. (…) C’est un rôle très difficile, un rôle de scélérat. » Il fallait un certain courage à l’économiste Jean-Luc Gréau, bien connu des lecteurs de Marianne 2, pour introduire son propos à une conférence de l’OCDE tenue à Paris les 23 et 24 juin dernier sur le thème « De la crise à la reprise : garder les marchés ouverts ».
(Pour voir la vidéo de son intervention, c’est ici )
Il fallait être gonflé pour affronter sur leur terrain Pascal Lamy, Tim Groser, ministre du Commerce de Nouvelle-Zélande, et bien d’autres technocrates du libre-échange. Après son speech, deux personnes ont applaudi, si bien que l’on se demande si son épouse ou un ami proche n’étaient pas présents dans la salle….
On peut s'en réjouir ou s'en lamenter, mais c'est un fait : la crise économique n'a pas conduit les élites européennes et anglo-saxonnes à remettre en cause la priorité donnée depuis dix ans au libre-échange mondialisé. Toutes les réunions du G20 et du G8, tous les colloques organisés sur la crise, toutes ou presque les interventions de dirigeants d'État écartent d'un revers de main le recours à des systèmes de protection. Pour eux, le protectionnisme demeure une idée régressive qui non seulement réduira la croissance mondiale mais encore pourrait conduire le monde à de nouveaux conflits.
« TSP » : Tout sauf le protectionnisme reste le mot d'ordre de nos élites. On notera d'abord que, par ignorance ou par ruse, tous ceux qui rejettent le protectionnisme font comme si ses partisans proposaient un protectionnisme national. Or, personne, hormis peut-être le Front national, ne propose aujourd'hui une telle option. Les partisans français du protectionnisme militent pour une limitation des échanges à l'échelle européenne – pour ne plus avoir ce protectionnisme du passé qui offrait aux chefs d'entreprise refusant toute innovation des marchés fermés.
Organisé à l'échelle européenne, le protectionnisme permettrait au contraire un rebond de la concurrence. L'intérêt est que cette concurrence s'effectuerait dans des conditions d'équité entre les entreprises : équité fiscale, sociale, règlementaire et environnementale. Le protectionnisme européen permettrait un rebond de la croissance dans la mesure où il se situerait sur un marché de 450 millions de consommateurs, le plus gros marché du monde. Il n'empêcherait nullement à des sociétés japonaises, chinoises ou américaines de commercer sur le vieux continent. Simplement, il obligerait ces entreprises à s'implanter sur un marché et à y fabriquer leurs produits manufacturés, créant ainsi des emplois.
Le protectionnisme européen – mais aussi asiatique ou américain, du sud au nord – présente, selon ses partisans, deux intérêts principaux :
1) Il permet de lutter enfin efficacement contre ce que Jean-Luc Gréau appelle la sous-rémunération du travail humain d'où découle la contraction de la demande. Depuis trente ans, la recherche du moins-disant salarial a freiné le pouvoir d'achat des salariés des pays développés, paupérisé les classes moyennes sans pour autant améliorer la consommation dans les pays émergents de façon significatives : qui ignore encore que les prétendues classes moyennes chinoises dont on nous a rabattu les oreilles ne sont que quelques dizaines de millions ? Qui refuse de voir que la consommation chinoise, après trente ans d'ouverture, ne représente que 40% du PIB du pays, le ratio le plus faible des grandes économies ? Qui refuse encore de voir que le miracle chinois ou indien repose avant tout sur des salaires inférieurs de vingt à trente fois ceux de l'Europe ou des États-Unis ?
Aujourd'hui, la plupart des économistes intègres reconnaissent que la crise des subprimes n'est pas seulement le résultat des excès de l'univers financier, mais aussi et surtout le résultat d'une demande qui ne cesse de s'affaiblir : pour continuer à vendre leurs produits et soutenir la croissance, les entreprises et le système ont favorisé le développement d'un gigantesque système de crédit qui a fait illusion quelques années seulement avant de s'écrouler à l'automne dernier.
2) Le protectionnisme régional est aussi la seule façon de lutter à long terme contre le réchauffement de la planète et la détérioration de l'environnement. La mondialisation des échanges charrie avec elle de nombreux fléaux écologiques :
– La destruction violente de l'environnement dans les pays devenus les ateliers du monde, où les usines ont poussé comme des champignons au détriment des rivières et des terres arables : en Chine, 25% des terres cultivées ont été abandonnées à l'industrie et chaque année des milliers de kilomètres carrés de terres agricoles disparaissent. Et ce n'est pas les coups de canon tirés dans les nuages par les bureaucrates de Pékin durant les JO qui changent quelque chose à cette réalité.
– Les transports par air, terre et mer génèrent une production de carbone néfaste à l'environnement. L'ensemble du trafic routier est devenu en France la première source d'émissions de gaz à effet de serre, et la contribution du fret routier aux émissions de gaz à effet de serre s'est accrue de 32 % de 1990 à 2006. Les transports maritimes contribuent à la pollution de l'air et au développement des pluies acides dans les zones côtières.
Un recentrage des échanges à l'échelle régionale aurait donc un impact positif sur l'environnement. Mais toutes les institutions et les gouvernements se situant peu ou prou dans une perspective libre-échangiste, nous ne disposons même pas d'étude d'impact sur cette option.
L'aveuglement des élites : un mystère
Pourquoi les décideurs du monde entier, pourtant fragilisés par une crise qui ne frappe pas que les pauvres, restent-ils insensibles à ces arguments ? Pourquoi le protectionnisme, qui a joué un rôle essentiel dans le développement du capitalisme au XVIII° et au XIX° siècle, reste-t-il une mesure taboue au sein des élites ?
L'explication n'est pas facile. Les intérêts des gros actionnaires et des dirigeants jouent bien entendu un rôle : le libre échange n'est pas qu'une théorie, mais aussi une pratique qui a permis une formidable progression des inégalités, l'enrichissement de dizaines de milliers d'agents de la finance et de dirigeants d'entreprise.
Mais l'entêtement des élites à vouloir un retour, quoi qu'elles en disent, au capitalisme financier semble aussi idéologique. Les dirigeants du monde et, singulièrement, les économistes ont mal assimilé l'histoire. Ils perçoivent le protectionnisme comme forcément national et fauteur de guerres, se fondant notamment sur la période précédant celle de 1939-45, ce qui est factuellement faux, ou en tout cas très discutable. En fait, le libre échange nous est présenté comme un universalisme porteur de paix et de prospérité, ce qui est risible lorsqu'on observe sans esprit partisan les résultats de la mondialisation dite heureuse. Au passage, cette imposture idéologique a entraîné la gauche dans son sillage au point de la rendre incapable, dans les pays développés, de proposer une alternative crédible à son électorat.
Finalement, l'erreur des élites est de croire que l'alternative qui s'offre au monde se situe entre le libre échange et un protectionnisme volontiers diabolisé. Les derniers développements de la crise montrent qu'en l'absence d'une option raisonnée, c'est-à-dire celle d'un recentrage des échanges à l'échelle régionale, nous risquons au contraire de voir apparaître des protectionnismes nationaux. La façon dont la Grande Bretagne ou la Chine utilisent la faiblesse de leur monnaie nationale pour se protéger est une indication. L'exemple récent de la Chine est là, qui vient de limiter ses appels d'offres de grands travaux au niveau national. Comme l'annoncent certaines mesures envisagées aux États-Unis à la fin juin et, en fin de compte, l'adoption de plans de relance nationaux. Si les contribuables français, allemands ou américains sont appelés à y contribuer, accepteront-ils que leur argent serve à créer des emplois dans d'autres pays que le leur ? Les grèves supposément xénophobes qu'a connues le Royaume-Uni, ou les pogroms anti-immigrés de l'Italie n'annoncent-ils pas des replis nationaux délétères, favorisés – ultime paradoxe – par l'idéologie libre-échangiste ?
11 juillet 2009
Le dictionnaire des mots interdits: Socialiste - Gérald ANDRIEU - Marianne2.fr - Le 11 juillet 2009
Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Devenu synonyme de défaite et de discorde, Manuel Valls aimerait voir disparaître le mot « socialiste » tandis que Nicolas Sarkozy, que l’on attendait moins sur ce terrain, tente de le récupérer !
«Socialiste », ce mot est devenu une vraie petite bombe à fragmentation : il suffit de le balancer lors d’un « dîner en ville » et, immédiatement après, les lieux se retrouvent changés en un champ de bataille digne du congrès de Reims. Le terme « socialiste » est devenu si honni que certains petits malins comme Manuel Valls (alias « l’homme qui ne sait plus vraiment où il habite ») lui ferait bien un sort. Judicieuse idée que de vouloir débaptiser le PS : c’est certain que, dans ce parti, c’est le nom qui pose problème et sûrement pas la fameuse absence de projet politique et de leadership ! Mais qu’importe, le maire d’Evry y croit : une petite séance de maquillage et Solférino reprendra des couleurs.
Après tout, au niveau européen, ils viennent pour ainsi dire de réaliser son rêve : en raison de l’entrée en son sein d’eurodéputés du Parti démocrate italien, il a fallu débaptiser le groupe du PSE au Parlement et dire bienvenue à celui de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates ! Noyé dans la masse et accolé à celui de « démocrate », le terme « socialiste » est censé être moins dérangeant…
Le plus paradoxal, c’est que lorsque les socialistes commencent à avoir honte de leur histoire et de leurs origines, d’autres décident de se les approprier sans aucune gêne. Cette année, plus que jamais, Nicolas Sarkozy a trouvé de bon ton de se gargariser dans presque chacun de ses discours de citations de Jaurès et de Blum. Même le FN (c’est dire !) a tenté de récupérer le fondateur de L’Humanité en nous expliquant que s’il avait été vivant, il « aurait voté » frontiste…
Marx et ça repart ?
Tout aussi paradoxal : la crise aidant, le socialisme aurait pu se refaire une jeunesse. Jamais l’auteur du Kapital n’a fait autant l’objet de « une » sur le thème : c’est la crise, le moteur économique est grippé mais il suffit de mettre une petite de goutte du finalement très actuel Karl Marx et ça repart ! Mais plusieurs mois après la crise des subprimes, il faut se rendre à l’évidence : pour le peuple, le socialisme n’apparaît pas comme une solution crédible. Ou c’est peut-être sa version la plus molle, la social-démocratie, qui ne l’est plus : lors de l’élection européenne elle a été si lourdement sanctionnée, qu’elle a été déclarée morte !
Le plus paradoxal, une fois encore, c’est que quand le mot socialisme devient maudit en France et en Europe, il retrouverait presque tout son charme ailleurs. Et pas n’importe où : aux Etats-Unis. Quelques jours seulement après l’investiture de Barack Obama, Newsweek a osé barrer sa couverture du très provocateur : « We are all socialists now » ! Et pour les auteurs de l’article auquel est rattaché le titre de « une » d’expliquer que les Etats-Unis ressemblent de plus en plus à la France. Mais s’ils savaient ce qu’ils en pensent les Français des socialistes...
09 juillet 2009
« Les élites de 2009 sont aussi aveugles que celles de 1789 » - Idée@jour - Marianne2.fr - Le 9 juillet
De la période qui sépare la Fronde jusqu’à la révolution de 1789, l’historien Jean Nicolas a étudié des centaines d’émeutes populaires. Ce qu’elles peuvent nous enseigner sur la crise économique et sociale actuelle est que la rébellion est une vraie exception française. La rentrée sera chaude ?
Il suffisait de lire les archives de justice comme l’historien Jean Nicolas durant une quarantaine d’années. Elles regorgent de micro-émeutes débordant la réalité, débouchant sur des modes de protestation de plus en plus construits. Jean Nicolas en a étudié mille huit cent entre 1661 et 1789, mais il estime en avoir laissé de côté un bon millier. « Ces archives, d’une richesse incroyable, mais très mal classées, proviennent de la police, de la maréchaussée, de la justice ou encore des recours des procureurs et des mémoires défensifs des avocats », explicite le spécialiste à IDEE A JOUR.
« La rébellion n’est pas contre le pouvoir, elle est une protestation contre un pouvoir qui franchit ses limites, précise t-il. Ensuite, elle peut changer de nature, d’affectivité et déboucher vers une remise en cause radicale de ce pouvoir, c’est-à-dire la révolution. La France rébellionnaire est une réalité vivante et profonde, elle constitue même un mode collectif qui a fait du heurt et de la rupture le principe même du changement dans ce pays. » Une exception française en somme dont on peut fixer l’extrait de naissance vers les années 1660, entre la Fronde et la révolution de 1789. Auparavant, existaient les jacqueries, les croquants, les va-nu-pieds, fort nombreux, fort actifs. Mais ils constituaient autant de mouvements « conservateurs », pré-libertariens, tournés contre cette autorité monarchique en train de se consolider et qui empiétait notamment fiscalement sur leurs droits traditionnels. Après la Fronde, la rébellion change sensiblement de nature.
Des historiens allemands, comparant cette période, se sont dit surpris par l’intensité et de la multiplication des mouvements rébellionnaires à la française. « C’est une époque sous tension. Le régime monarchique est le règne de l’intranquillité par excellence, contrairement à ce que l’on imagine aujourd’hui, décrit Jean Nicolas. Les gens vivent dans une forme permanente d’anxiété. Ils ont le souci de survivre. La mendicité et l’errance s’étendent. Les peurs de l’époque sont celles de la précarisation, de l’échec des ambitions individuelles, notamment des petits clercs qui n’est pas sans rappeler la crise actuelle de l’université. Les salariés non qualifiés, cette armée des hommes de peine, suscitent également beaucoup d’inquiétude. »
« J’avoue que j’ai tremblé toutes les fois que j’ai vu la portion basse de ce peuple en émotion ! » écrira en 1788, le chroniqueur Restif de la Bretonne.
Les élites de 2009 se comportent comme les élites de 1789
Les ancêtres des « Conti » et autres licenciés protestataires qui ont défrayé la chronique sociale du premier semestre 2009 se croisent dans des conflits pour le pain, la grève à la fabrique, le refus de droits seigneuriaux, les taxes sur le sel et le tabac. Eclatant un peu partout par dizaines, mais encore de basse intensité, « ces mouvements cellulaires » auront fini par cristalliser en phénomène politique.
Par exemple, cette affaire locale élémentaire. Des paysans, protestant contre les droits seigneuriaux abusifs, arrachent les insignes du seigneur de son ban à l’église. Traînés en justice, ils vont alors quérir les services d’un célèbre avocat. Ce ténor de Grenoble lui va se référer à Montesquieu et aux Lumières devant les juges.
Ce phénomène de protestation devient politique, ce que refusent de voir la majorité des grandes élites.
« L’ADN de la Grande rébellion historique qui a revêtu un caractère historique fabuleux a été la Grande Peur », marque t-il. L’attaque et le brûlage des châteaux dûs à la panique et à la rumeur d’un complot aristocratique auront constitué dans leur désorganisation, l’événement clé débouchant sur l’abolition des privilèges et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (juillet-août 1789).
« Sans gauchir la réalité, nous sommes avec ces rébellions, au vif du sujet. Il ne s’agissait plus de pain, plus d’octroi et de barrières douanières, mais au cœur du problème, la contestation du privilège. » En 2009, cette question égalitaire devant les situations revient sur le devant de la scène française et dans les débats, mais elle ne l’avait jamais vraiment quitté selon Jean Nicolas. «
L’historien qui a étudié le grand aveuglement des élites de 1789 ne peut s’empêcher tout de même « de faire un rapprochement avec le comportement de nos élites financières et bancaires contemporaines en temps de crise ».
07 juillet 2009
Le dictionnaire des mots interdits: Temps libre - Jessica THOMAS - Marianne2.fr Le 7 juillet 2009
Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Mal vue, la lutte pour la réduction du temps de travail et le repos hebdomadaires. Pour lutter contre la crise et faire bonne figure, il faut travailler, travailler, travailler...
Contre la crise, mobilisation générale : citoyens, à vos postes... Et au boulot ! Chaque minute compte. Temps de trajet, temps de travail, temps réglementaire... Pas de temps mort.
Et, du temps libre ? Jamais. Préférez temps disponible. Une publicité pour un sirop de citron répétait sous un soleil de plomb : « Il fait trop chaud pour travailler ». Elle ne risque plus de passer. Trop dangereux. En juillet 2004, Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, a dit tout haut ce que l'on devinait déjà : la publicité s'attaque au « temps de cerveau humain disponible ». Et ce genre d'idées pourrait détourner de la doctrine en vigueur. Celle du « travailler plus pour gagner plus ».
Travailler plus pour gagner plus en trois leçons.
- Les heures supplémentaires. Elles existent depuis longtemps. Mais en les rendant plus attractives, par une exonération fiscale et une revalorisation du salaire, la loi du 21 août 2007 les impose. Refuser de faire des heures sup' devient tout bonnement une preuve de paresse.
- La loi sur le service minimum. Elle a d'abord touché les transports, et depuis la rentrée 2008, l'éducation nationale. Temps de grève ? Peu importe. Il faut assurer un temps de présence suffisant. Juste assez, pour que Monsieur le Président puisse affirmer en se marrant, il y a tout juste un an, le 7 juillet 2008, que « quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit ». C'est qu'il a tout fait pour, le petit malin. Maître du Temps, il s'est amusé à phagocyter le temps médiatique et le temps politique. On ne voit que lui.
- Le travail le dimanche. Un exemple d'acharnement idéologique. Déposé une première fois à l'automne, le texte de loi a été refusé, mais pas relégué. Un peu remanié, un peu raboté, il revient tourner aujourd'hui dans les rangs de l'Assemblée. Selon un sondage ViaVoice pour Libération, 55% des Français n'en veulent pas. Mais à force de pousser, même sans loi, l'idée rentrera. Fini, la parenthèse de la semaine. Travail non-stop, les rues toujours grouillantes, jamais d'excuse pour repousser au lendemain, ou se lever une heure plus tard. Ces choses-là ne se revendiquent pas. Le temps, c'est de l'argent. D'ailleurs, un sondage paru en avril révélait que la valeur la mieux partagée chez les Français, trois petits points derrière la famille, était la valeur travail, à 94%. Travail, Famille... Et si on changeait?
Le droit à la langueur. Le temps libre qui n'est pas du temps perdu. Le plaisir qui n'est pas un hobby. Le repos qui n'est pas un RTT ou une heure sup en moins, ou tant d'argent de perdu.
Pierre Carles a consacré deux documentaires à ceux qui décident de ne pas travailler : « Attention danger travail » et « Volem rien foutre al païs ». Deux films qui ont le mérite de montrer que c'est possible, que ça existe, que l'on peut vivre, sans travailler. Mais ils ont le démérite d'épingler, juger, mettre au pilori en retour ceux qui ne font pas ce choix. Et commettent l'erreur d'abord commise : celle de ne choisir qu'un côté de la médaille.
04 juillet 2009
Le dictionnaire des mots interdits: Égalité - Bénédicte CHARLES - Marianne2.fr - Le 4 juillet 2009
Nous commençons une série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Ringarde, la lutte pour la réduction des inégalités sociales. Désormais, tout n'est que diversité, parité. Des concepts super sympa qui n'enrichissent pas les plus pauvres mais leur font croire qu'on s'occupe d'eux.
L’égalité n’est plus à la mode. Trop collectiviste. On lui préfère de loin des concepts plus modernes, comme la diversité, la parité. A la rigueur l’égalité-des-chances. Et encore : le secrétariat d’Etat à l’Egalité des chances annoncé en décembre dernier par l’entourage de Brice Hortefeux, et qui devait être confié à Malek Boutih n’a pas vu le jour. Boutih a refusé. Reste le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg. C'est bien, la diversité : la richesse ethnique et culturelle de la France doit avoir sa place partout. C'est bien, mais ça n'est pas l'égalité.
L’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur de La diversité contre l'égalité, l’expliquait à Marianne2 en février dernier: « Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont pas tous de la même couleur ou du même sexe. Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste. »
Sur le même modèle, l’égalité des salaires a été remplacée par la parité, nettement plus fun.
«Egalité des salaires» : l’expression fait vomir les chefs d’entreprise et lever les yeux au ciel les syndicalistes. Faites l’essai : cherchez sur Google actualités l’expression « égalité des salaires ». Vous n’y trouverez que quelques articles de la presse suisse — où, curieusement, le concept n’est pas encore frappé de ringarditude. Alors que le premier versement de RSA va être effectué lundi prochain à la CAF de Boulogne-Billancourt au cours d’un happening réunissant Martin Hirsch et Patrick Devedjian, que le débat sur le travail du dimanche agite l’Assemblée nationale, que Nadine Morano envisage de supprimer les deux ans de cotisations offerts pour chaque enfant aux mères de famille, plus personne ne parle d’égalité des salaires.
En fait, l’égalité a été remplacée par la parité. Qui est à la femme ce que la diversité est aux Français issus de l’immigration : la promesse d’un panachage, rien de plus. Promouvoir une présence féminine accrue dans les institutions et les partis politiques n’a rien à voir avec régler le problème de ces femmes, qu’elles soient cadres ou non qualifiées, qui à poste égal touchent un salaire inférieur à celui de leurs virils collègues. Simplement, la parité permet de faire croire que « ça avance »… et de ne plus évoquer l’inégalité de rémunération entre hommes et femmes qui est pourtant une réalité : à poste égal, les femmes sont payées, en moyenne, 11% de moins que les hommes.
En fait, la seule qui ose évoquer l’égalité hommes-femmes, c’est Nadine Morano, qui considère qu’il est injuste que les mères de famille bénéficient d’années de cotisation retraite offerte, et pas les pères. Sait-elle, Nadine, que d’après l’Insee le montant moyen des retraites des femmes est inférieur de 46% à celui des hommes ? Pas son affaire, apparemment. Son objectif n'est pas de rendre les retraitées moins pauvres, mais de mettre fin à la terrible injustice qui touche les pères de famille. Voilà qui mettra du baume au coeur des mamies qui vivent avec le minimum vieillesse.
01 juillet 2009
Jean JAURÈS en vedette - Lucien DEGOY - L'Humanité - juillet 2009
Exposition, pièces de théâtre, livre, grand colloque sur la gauche et ses valeurs : en ce 150e anniversaire de sa naissance, la force créative et l’exemplarité du fondateur de l’Humanité sont précieuses à la réflexion politique de tous.
Jaurès parmi nous. Comme le vent d’autan toulousain, ses phrases tonnantes aux accents du Midi vont courir les allées de la Fête, au bonheur des rencontres et des attroupements, déclamées par des apprentis comédiens du cours Florent. Durant ces trois jours, le fondateur de l’Humanité sera dignement célébré en ce 150e anniversaire de sa naissance (1), mais on découvrira surtout un Jaurès vivant, proche, se glissant dans les discussions et les débats d’aujourd’hui avec une présence d’esprit et une force de conviction qui en surprendront plus d’un !
Dans le riche programme peaufiné pour la circonstance, rappelons qu’une exposition réalisée par les archives de la ville de Toulouse sera visible à l’espace Tourisme, et que de nombreux auteurs seront au village du Livre pour signer leurs ouvrages consacrés au leader socialiste. La rentrée de septembre sera marquée à cet égard par la publication, par les éditions Privat et la Dépêche du Midi, de tous les textes et articles que Jaurès écrivit pour le grand quotidien régional, et par la sortie chez Fayard du tome I (les Années de jeunesse) des oeuvres complètes de Jaurès sous l’autorité de l’historien Gilles Candar. Deux pièces de théâtre écrites et mises en scène par des créateurs contemporains seront présentées à l’espace Théâtre : la Valise de Jaurès, de Bruno Fuligni (2), le vendredi soir à 20 h 30, et Jaurès ou le printemps de la parole, de Benoît Guibert et Cédric Leproust, le dimanche à 13 h 30. Les deux oeuvres donnent à voir, entendre, goûter quelques épisodes de la vie du grand tribun.
La première pièce, avec Jean-Claude Drouot dans le rôle de Jaurès, nous replonge dans les batailles homériques qui, à la tribune du Palais- Bourbon, opposèrent le député des mineurs de Carmaux à l’écrivain Maurice Barrès, député boulangiste et antidreyfusard notoire, à propos du transfert au Panthéon des cendres de Zola. Une confrontation à couteaux tirés entre deux figures de la vie politique du début du XXe siècle qui rebondit deux ans après, avec l’évocation du débat sur l’abolition de la peine de mort.
La seconde création confronte de jeunes interprètes d’aujourd’hui à l’art oratoire jaurésien – ces trouvailles verbales qui, bien au-delà des figures de style, donnaient sens et valeur concrète aux idéaux qui irriguaient ses combats : la justice et la transformation sociale, la dénonciation de la propriété capitaliste et de l’exploitation du travail, la défense de la démocratie, de la République et des libertés révolutionnaires, l’invention de la laïcité, la culture et l’éducation de la jeunesse et du peuple, le pacifisme et l’internationalisme…
Ce sont quelques-uns de ces thèmes que va naturellement revisiter la grande rencontre- débat intitulée « Jaurès et l’héritage de la gauche », qui inaugurera samedi matin à 10 heures les rendez-vous de l’Agora de l’Humanité. Trois tables rondes sont prévues, réunissant en ce colloque des historiens et philosophes renommés et des responsables politiques nationaux. On peut d’ores et déjà prédire que n’en sortira pas indemne la figure passe-partout de « héros national et républicain » qui parfois, à gauche et à droite (jusqu’à Nicolas Sarkozy), ensevelit Jaurès dans un magma consensuel bien pensant ! Il y sera notamment discuté des questions que pose aujourd’hui comme hier le rassemblement du peuple et de ses forces vives et de progrès, du mouvement syndical, de la création et du rôle de l’Humanité, des valeurs de gauche, de l’individu, des libertés et du changement social. Plus qu’un programme : le présent et l’avenir de notre peuple.
(1) Le 3 septembre 1859, à Castres (Tarn).
(2) Présentée en partenariat avec la ville de Toulouse
29 juin 2009
Discours de Manuel VALLS, le 29 juin 2009, Théâtre Michel
A gauche, besoin d’optimisme !
Lundi 29 juin 09 – Théâtre Michel
Intervention de Manuel VALLS
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,
Je veux vous remercier d’être aussi nombreux ce soir pour poser ensemble les premières bases d’un projet fort, crédible et nouveau. Comme vous, j’ai apprécié les interventions de nos quatre témoins : Didier Lockwood, François Leclercq, Caroline Werkoff et Gontran Lejeune.
Face à une droite unie, omniprésente, brouillant les clivages politiques mais n’ayant pas de cap pour le pays, il y a urgence à transformer la gauche, à construire cette gauche moderne et combative, cette gauche audacieuse et innovante que les Français attendent.
Le faire dans ce théâtre populaire – et je remercie Didier Caron, son directeur, de nous recevoir – est un appel à l’imagination et à l’inventivité.
Introduction : la crise d’identité de la gauche
Le recul massif de la gauche lors du scrutin du 7 juin a révélé, comme nul autre, la gravité de la crise traversée par la social-démocratie en Europe. Alors que les règles du capitalisme sont partout remises en cause par la récession mondiale, que la crise a disqualifié le modèle néo-libéral, la gauche n’a pas su convaincre qu’elle pouvait refonder notre système sur des bases plus saines. Par delà les explications nationales et les raisons conjoncturelles, ce cinglant désaveu sanctionne la confusion dans laquelle se trouve la gauche.
Depuis la chute du Mur de Berlin, la gauche peine, en effet, à redéfinir un projet global et cohérent. Longtemps, l’existence du bloc soviétique lui a permis de se présenter comme le versant lumineux de la force obscure. Il s’agissait alors, disait-on, de « mettre au service de l’espérance révolutionnaire, les moyens du réformisme ». Par la démocratie et dans le respect des libertés individuelles, fidèle aux convictions exprimées par Léon Blum au Congrès de Tour en 1920, la gauche voulait tendre, pas à pas, vers l’idéal de société dévoyé de l’autre coté du rideau de fer.
Point d’équilibre entre libéralisme et communisme, la gauche a perdu cette position privilégiée avec l’effondrement du modèle soviétique. Laissée seule contre le capitalisme, elle a été ébranlée dans ses certitudes par l’obscurcissement soudain du sens de l’Histoire. Comme l’explique François Furet, « l’idée d’une autre société est [alors] devenue presque impossible à penser ». Dépouillée de la perspective finale d’une société sans classe, la gauche doit désormais se contenter d’un compromis social-démocrate conçu, à l’origine, comme un simple moyen et une transition provisoire.
Et encore ! Ce projet de repli est-il en passe – lui aussi ! – de lui échapper ! Sa réalisation même, en Europe occidentale, conduit en effet à son épuisement. En ce début de siècle, le compromis social-démocrate élaboré après-guerre fait globalement consensus : il ne suffit plus à identifier la gauche car la droite n’entend pas attaquer ses fondements.
Pire, c’est la gauche qui se révèle aujourd’hui incapable de régénérer l’Etat-providence en l’adaptant aux réalités de notre époque ! Faute d’affronter les conséquences de la mondialisation de l’économie et de l’individualisation de la société, la gauche s’enferme dans une vision dépassée du monde. Déboussolée par ses défaites, elle abandonne des valeurs qui devraient rester les siennes – je pense notamment au travail, à la nation et à la sécurité – et s’accroche, à l’inverse, à des dogmes devenus sans objet.
Ce constat vaut, tout particulièrement, pour les socialistes français incapables, depuis 25 ans, de tirer les conséquences théoriques de leur pratique du pouvoir. Le tournant économique et monétaire opéré en 1983 n'a, en effet, jamais été vraiment reconnu au plan idéologique. Considérée comme une simple « parenthèse », l'acceptation de l'économie de marché a pourtant bel et bien sonné « la fin de l'utopie socialiste »[1]. Loin d'établir la synthèse jaurésienne entre le réel et l'idéal, la gauche française opère donc, au contraire, une distinction permanente entre l’exercice des responsabilités (fatalement mâtiné de pragmatisme) et la théorie (merveilleusement préservée dans sa virginité).
Après nos trois échecs consécutifs à l’élection présidentielle, la sévérité de notre dernière défaite électorale nous oblige – sous peine des plus graves dangers – à trancher nos contradictions pour résoudre enfin notre crise d’identité.
I. Qu’est ce qui distingue encore la gauche de la droite ?
1. Au cœur du clivage : l’appréciation opposée de l’origine des inégalités
« Depuis son apparition à la fin du 18ème siècle, la distinction entre gauche et droite est restée ambiguë et difficile à définir avec précision, tout en refusant obstinément de disparaître » (Anthony Giddens). De fait, ces deux termes ont recoupé des significations fort différentes au cours de leur histoire. Libérale sous l’Ancien Régime, la gauche est devenue successivement républicaine, radicale puis socialiste au fil des deux derniers siècles.
Aujourd’hui, le clivage gauche/droite s’est en partie brouillé sous l’effet du partage progressif d’un grand nombre de valeurs et de conquêtes. Qu’il s’agisse de droits individuels ou de règles collectives, beaucoup font désormais l’objet de ce qu’il est convenu d’appeler « un consensus républicain ». Tous ceux – dont je suis – qui conçoivent la démocratie comme la recherche commune d’un équilibre ne peuvent que s’en réjouir.
Pour autant, le clivage gauche/droite reste pertinent dans ce qu’il a de plus essentiel, à savoir les appréciations différentes de l’origine des inégalités entre les hommes. Considérant l’individu de manière abstraite, la droite estime que les inégalités tiennent, avant tout, aux différences innées des compétences et qu’elles sont donc le produit inéluctable de la vie. A l’inverse, considérant l’individu dans son milieu, la gauche estime que les inégalités tiennent, en priorité, à la répartition inéquitable du capital social et culturel et qu’elles sont donc le produit contingent de la société. Pour le dire avec d’autres mots, la droite tend à naturaliser les rapports sociaux, la gauche à les socialiser.
Cette distinction est fondamentale car elle rejaillit sur l’idée même que la gauche et la droite se font de l’action politique. Pour la gauche, les inégalités sont une injustice contre laquelle il faut se mobiliser ; pour la droite, elles sont une fatalité contre laquelle personne ne peut guère.
Certes, aujourd’hui, cette opposition pure et parfaite a perdu un peu de sa superbe ; gauche et droite s’accordent désormais, grosso modo, pour reconnaître qu’un individu est, à la fois, le produit de lui-même et de son milieu. Néanmoins, gauche et droite se distinguent encore – et c’est l’essentiel – par l’endroit où elles placent l’aiguille entre la contrainte sociale et la responsabilité individuelle.
2. Du vieil au nouveau projet de la gauche (question du but)
Comment la gauche peut-elle définir son projet sur la base de cette ligne de clivage ?
a) Le vieux projet de la gauche : la société alternative
Pendant plus d’un siècle, la gauche a voulu traiter le problème d’une manière radicale : puisque les inégalités étaient mécaniquement déterminées par les différences sociales, elles ne pouvaient trouver leur solution que dans l’espace d’une « société sans classe ». Portée par le prestige intellectuel du marxisme, l’utopie de « la société sans classe » a donc longtemps borné l’horizon de l’ensemble de la gauche. Qu’elles aient été révolutionnaire ou réformiste, elles prétendaient l’une et l’autre offrir – à plus ou moins long terme – une alternative globale à la société capitaliste.
La faillite planétaire de ce projet a plongé les gauches – et singulièrement la gauche française – dans ce que Zaki Laïdi et Gérard Grunberg appellent très justement « le pessimisme social » : « après avoir longtemps incarné l’espérance, expliquent-ils, la gauche a cessé de le faire, pour renvoyer à une opinion publique, angoissée et désorientée par les mutations rapides de son environnement, une vision [crépusculaire] du futur ».
Faute de pouvoir définir un nouveau projet pour l’avenir, la gauche croit pouvoir réaffirmer sa volonté en s’opposant, coûte que coûte, aux principales évolutions du monde contemporain. Être de gauche, désormais, pour certains, c’est vouloir reconstruire à l’identique ce qui a été détruit ; c’est vouloir réparer tous les dégâts de la société libérale – sans jamais considérer, au mépris des règles élémentaires de la dialectique, la part positive et inéluctable des évolutions en cours !
Mentalement enfermée dans le pessimisme, la gauche est victime du syndrome du « Fort Alamo ». Elle ne retrouve plus son orgueil qu’en s’imaginant menacée de toute part par les assauts de « l’ultralibéralisme ». Ce qu’elle propose aux électeurs, c’est de venir la rejoindre entre les murs de la citadelle assiégée ; c’est de participer à sa lutte désespérée contre les vagues de fond de la mondialisation. La gauche voudrait ainsi leur faire oublier la vacuité de son projet dans l’ivresse de l’épopée.
Hélas, une telle perspective ne peut enflammer qu’un nombre toujours plus réduit de militants ! Face à la crise mondiale qui pourrait les précipiter dans le chômage, nos concitoyens veulent, pour leur part, entendre des messages d’espoir. En prise avec les difficultés de la vie quotidienne, ils n’ont nul besoin d’entendre Cassandre leur dire que demain sera bien pire. Loin de se complaire dans les lamentations, ils veulent au contraire retrouver des raisons d’être optimiste ! Le succès des listes d’Europe Ecologie prouve que la gauche peut à nouveau séduire lorsqu’elle a la verve et la bonne humeur d’un éternel jeune homme sexagénaire !
Sur la base de sa ligne de clivage avec la droite, il est donc grand temps que la gauche entreprenne de redéfinir un projet qui puisse, à nouveau, susciter le désir et l’espérance. Il lui faut dessiner, comme l’y invitait déjà Camus, « une autre utopie, plus modeste et moins ruineuse » : « les hommes qui désirent aujourd’hui changer efficacement le monde, écrivait-il, ont à choisir entre les charniers qui s’annoncent, le rêve impossible d’une histoire tout d’un coup stoppée, et l’acceptation d’une utopie relative qui laisse une chance à la fois à l’action et aux hommes ».
b) Le nouveau projet de la gauche : l’autonomie individuelle
Pour lutter contre les inégalités sociales, la gauche doit renoncer aux prétentions grandioses et préférer les voies plus humbles et plus fécondes de « l’optimisme du possible ». Plutôt que de proposer, pour tous, un modèle de société égalitaire, elle doit s’efforcer d’aider chacun « à se frayer un chemin à travers les difficultés de notre temps » (Anthony Giddens). S’il n’y a plus d’alternative globale au système capitaliste et à l'économie de marché, il reste, en revanche, une multitude de processus capables d’élargir, pour chaque individu, la palette des choix possibles. La gauche ne réduira pas les inégalités par une attaque frontale des bases sociales mais par une meilleure redistribution des chances !
L’horizon historique de la gauche n’est donc plus la marche collective vers le bonheur universel ; c’est le foisonnement des chemins vers l’autonomie individuelle. Trop longtemps, la gauche s’est plue à considérer l’individu comme un majeur sous tutelle. Au nom de sa conscience aiguë des contraintes sociales, elle a souvent surestimé le poids des déterminismes. Et en bonne « avant-garde éclairée », elle pensait devoir assumer seule l’émancipation des masses laborieuses.
L’échec de ce prométhéisme – je l’ai dit – a conduit au renversement total des perspectives. Constatant son impuissance à changer radicalement la société pour effacer les inégalités, la gauche a sombré dans le pessimisme et réduit sa conception du progrès au sauvetage de ses conquêtes ou à la gestion gouvernementale.
Il nous faut désormais, mes chers amis, défendre une vision plus ouverte des transformations sociales. Ces dernières ne sont pas seulement – comme le croyaient les marxistes – le produit automatique des rapports de production ! Comme le prouve l’exemple éclatant d’Internet, elles peuvent également être le fruit imprévu d’initiatives individuelles et de glorieux hasards… L’Histoire n’est écrite ni par les forces mécaniques, ni par une poignée « d’ennemis du peuple ». L’Histoire est le croisement perpétuel de la nécessité et de la contingence !
Au cours du 20ème siècle, la gauche a nié cette part de contingence car elle lui semblait jeter une ombre sur sa mission historique. En ce début du 21ème, il est temps qu’elle la réhabilite pour dégager de nouvelles perspectives au progrès social. Plutôt que de vouloir contenir, à tout prix, les évolutions imprévues qui déstabilisent « les acquis », elle doit engager toutes ses forces pour les accompagner au mieux. Plutôt que de vouloir figer les individus dans des statuts faussement protecteurs, elle doit leur garantir les moyens de s’adapter aux situations nouvelles.
Avec Pascal Lamy à l’OMC et Dominique Strauss-Kahn au FMI, la gauche française a la chance exceptionnelle d’avoir deux éminents représentants à la tête des plus importantes organisations internationales. Qu’elle utilise leurs expériences pour réfléchir aux moyens de profiter des effets positifs d’une mondialisation désormais irréversible ! C’est en s’appuyant sur des compétences de ce genre, en regardant le monde tel qu'il est – frappé par une crise économique et financière, une crise énergétique, une crise alimentaire – un monde plus instable que jamais, mais à la recherche d'une nouvelle gouvernance, de nouveaux équilibres – en construisant la « démocratie-monde », qu’elle parviendra à s’arracher à son pessimisme mortifère et à bâtir une alternative à la toute puissance du marché qui a vécu.
Pour la gauche de notre époque, l’enjeu se résume finalement en ces termes : transformer chaque mutation économique et sociale en occasion d’accroître l’autonomie personnelle par le jeu réciproque de la responsabilité individuelle et de la solidarité collective. D’après les résultats de la dernière enquête La France à travers ses valeurs, cette perspective historique rejoint d’ailleurs l’aspiration d’une majorité toujours plus large de nos compatriotes. Aujourd’hui, les individus attendent qu’on leur fournisse des instruments pour développer leurs propres projets en société bien plus qu’ils espèrent qu’on leur délivre un projet de société.
3) A nouveau projet, nouvelle méthode (question de la méthode)
Considérer que l’individu est aujourd’hui suffisamment mûr pour saisir les opportunités qu’on lui ouvre implique, pour la gauche, une révision radicale de sa manière de s’adresser à lui. Elle l’oblige à renoncer aux facilités de la démagogie pour renouer avec une méthode qui fut déjà celle de Pierre Mendès-France et de Michel Rocard ; une méthode qui consiste à faire de la pédagogie la marque et le but de ses discours. Quoiqu’il en coûte aux ardeurs militantes, la gauche devra désormais privilégier, en toute circonstance, la rigueur éthique au style épique.
Croire assez en nos concitoyens pour voir dans la politique une pédagogie semblera, sans doute, à quelques uns, un exercice bien austère… C’est pourtant la seule façon de dégager des marges pour une action publique efficace. Comme l’expliquait encore Albert Camus, ce n’est qu’« aussi longtemps que la vérité sera acceptée pour ce qu’elle est et telle qu’elle est, qu’il y aura place pour l’espoir ».
Cette éthique de la vérité a, bien sûr, des applications concrètes innombrables. Mais je voudrais, ce soir, en signaler deux à votre attention tant elles me paraissent décisives pour la crédibilité de la gauche.
a) Première application : la vérité sur l’état des comptes de la France, le grand emprunt et la réforme des retraites
La première est relative à l’état de nos comptes publics. Le niveau dramatique de leurs déficits oblige la gauche à dire la vérité aux Français : au cours des prochaines années, il faudra redéployer les moyens budgétaires et réduire les dépenses de l’Etat de l’ordre de 70 milliards d’€. Les politiques budgétaires conduites par la droite depuis 7 ans ont en effet conduit notre pays à un taux d’endettement insupportable qui frôle les 1 300 milliards d'euros, soit 70% du PIB.
Pour autant, dans le contexte de forte crise économique, la gauche aurait tort de rejeter d’emblée l’idée d’un grand emprunt national. Je pense en effet qu’un tel emprunt pourrait dégager, à terme, d’importantes recettes supplémentaires pour l’Etat dès lors que 50 milliards d’€ seraient consacrés à l’innovation et à la recherche, 50 autres à la formation et à la qualification et 50 derniers aux grands travaux et à la croissance verte.
Mais il y a une condition à remplir dans le même temps pour résorber durablement les déficits des collectivités publiques : la gauche devra porter l’exigence d’une réforme structurelle de l’Etat (à travers une nouvelle étape décisive de la décentralisation, lisible par les citoyens, avec moins de niveaux de collectivités et qui doit aussi se traduire par une véritable émancipation économique, sociale et culturelle de l'outre-mer) et d’une véritable révolution de la fiscalité nationale et locale favorable aux classes moyennes et populaires : suppression du bouclier fiscal, refonte de la Taxe Professionnelle et de la Taxe d’Habitation.
L’Etat doit désormais assumer une nouvelle tâche : réhabiliter le temps long contre « le court-termisme » du capitalisme financier et tracer des perspectives pour plusieurs décennies. La régulation doit permettre de prévenir, d’anticiper, plutôt que de réagir, d’empêcher et non seulement de corriger. L’objectif de cet Etat prévoyance – et de nos services publics – est d’adapter les stratégies et les ressources du pays aux grandes évolutions du monde et de la société (vieillissement de la population, financement de la dépendance et de l'hôpital, santé, gestion des flux migratoires, formation des individus, stratégie industrielle, épuisement des réserves énergétiques…).
Dans le même esprit, s’agissant des comptes sociaux, nous devrons également reconnaître que leur état critique justifie, à brève échéance, une profonde réforme de notre système de retraites pour l’adapter au « papy boom ». Le rôle de la gauche n’est pas de nier les évidences du choc démographique, de l’allongement de l’espérance de vie et du déséquilibre entre actifs et inactifs ; il est d’imaginer les conditions qui mettront cette évolution incontournable au service de la justice sociale et de l’autonomie individuelle.
L'équité recommande d'établir des différences lorsque l'application stricte du principe d'égalité créerait des injustices. En la matière, il est d’abord indispensable de prendre en compte, métier par métier, la question de la pénibilité du travail. Selon les catégories socio-professionnelles, l'espérance de vie varie en effet de 9 ans. Et par ailleurs, il est fondamental que des efforts considérables soient déployés en faveur de l'emploi des seniors dont le taux d’activité, en France, est l’un des plus bas d’Europe.
Une fois ces deux conditions préalables remplies, la gauche pourra alors défendre le principe d’un allongement du nombre d’annuités en proposant la mise en place d’un système de retraite par points inspiré du modèle suédois. En intégrant dans le décompte des annuités, les années de formation, les congés parentaux et le degré de pénibilité du travail – car celles et ceux qui ont commencé à travailler jeunes sont souvent des ouvriers – , un tel système permet à l’individu de mieux maîtriser l’âge et les conditions de son départ en retraite. Si nous n’avons pas le courage d’assumer cette réforme, si nous préférons restés bloqués sur « l’acquis » des 60 ans, nous serons balayés en 2012 comme nous l’avons déjà été en 2002 et en 2007.
b) Seconde application : la vérité sur Nicolas Sarkozy
La seconde application de cette éthique de la vérité que je souhaite évoquer ce soir, est d’ordre plus général et concerne notre mode d’opposition à la droite au pouvoir. L’anti-sarkozysme est latent dans notre pays : il se diffuse dans différentes couches sociales et s’expliquent, parfois, pour des raisons contradictoires.
La gauche n’a donc, selon moi, nul besoin d’en rajouter dans ce registre. Je pense même qu’elle se fourvoie lorsqu’elle veut forcer le trait. Cette stratégie a en effet, selon moi, un double effet pervers. D’une part, elle grandit le personnage en faisant de lui un démiurge qui ose tout – alors qu’il s’agit simplement et très souvent d’un habile démagogue. D’autre part – et surtout – elle affaiblit la crédibilité de la gauche en l’obligeant aux outrances de ceux qui craignent tout.
Je suis convaincu que les critiques de la gauche seront à nouveau écoutées lorsqu’elles ne seront plus systématiques et qu’elles seront concentrées sur les authentiques lignes de clivage et les vrais échecs de la droite. Nous avons ainsi raison de marteler que le paquet fiscal constitue le péché originel du sarkozysme ; son injustice est patente au plan social et son inefficacité est évidente au plan économique. Et nous savons tous la colère des salariés séduits un moment par le « Travailler plus pour gagner plus » et qui aujourd’hui, comme à Gandrange, se retrouvent au chômage. De même, nous devrions insister davantage sur toutes les réformes ratées depuis 2007 ; elles sont nombreuses et André Zylberberg et Pierre Cahuc en ont dressé un bilan sans appel dans leur dernier ouvrage.
N’exagérons donc pas nos critiques en présentant le Chef de l’Etat, par exemple, comme un Bonaparte en puissance ! A la conception conflictuelle du pouvoir de Nicolas Sarkozy, la gauche doit opposer une conception apaisée de son exercice. C’est en s’adressant aux intelligences individuelles et non aux passions collectives, qu’elle fera partager les objectifs de ses propres réformes et qu’elle retrouvera sa crédibilité. Construire une communauté de valeurs positives, c’est ce qu’a fait Barack Obama. C’est là que doit se situer notre source d’inspiration.
4. La traduction concrète du projet de la gauche (question des moyens)
La définition d'un nouveau projet et d'une nouvelle méthode ne permettra pas, à elle seule, de regagner la confiance de nos compatriotes. Il faudra encore les traduire – bien évidemment – en propositions précises et concrètes. Et c'est à cet effort que nous devrons employer toute notre énergie, d'ici 2012, car c'est précisément là que notre crédibilité est aujourd'hui la plus faible. Et c’est à cette tâche que je veux me vouer.
Si les français croient toujours aux différences de valeurs entre la gauche et la droite, ils doutent, par contre, de notre capacité à les inscrire dans le réel. Qu'il s'agisse de rapports de l'INSEE ou d'études universitaires, de multiples analyses soulignent, depuis des années, ce qu'il est désormais convenu d'appeler « la panne de l'ascenseur social ». Un ouvrage paru au début de l'année 2009 révèle ainsi cet inquiétant paradoxe : en dépit de leurs diplômes supérieurs, un grand nombre de trentenaires et de quarantenaires n'arrivent plus à se maintenir à la position sociale acquise par leurs parents.
Face au risque grandissant du Déclassement – et donc à la mise en péril du sens même de notre pacte républicain – il est donc impératif que la gauche dégage de nouveaux outils permettant aux individus de s'adapter aux aléas auxquels ils sont confrontés tout au long de leur vie. Elle doit offrir des solutions à cette question que se pose chacun : la gauche « peut-elle m'aider à ouvrir les chemins du possible » ?
Je n'aurai ni l'ambition, ni la prétention, de vous présenter ce soir le catalogue complet des mesures à prendre pour y parvenir. La rédaction d'un programme de gouvernement est une tâche qui suppose le temps, les moyens et les expériences d'une large équipe. Mais c'est l'embryon de cette équipe que j'espère faire naître, ce soir, avec vous, en fixant une priorité et des perspectives.
Le moyen prioritaire : l'investissement dans le capital humain
A l'instar d'Anthony Giddens, je suis convaincu que notre « ligne directrice [doit] être l'investissement dans le capital humain chaque fois que cela s'avère possible, plutôt que le financement direct de mesures de soutien économique. Nous devrions [donc] substituer à l'Etat-providence, l'Etat comme investisseur social ». Et si certains craignent de voir dans cette ligne une trahison sociale-libérale, qu'ils se rassurent en lisant le dernier livre publié par Jacques Delors dont nul n'a jamais douté de l'intégrité !
Écrit avec Michel Dollé, Investir dans le social invite la gauche à attaquer les inégalités en amont pour viser davantage, comme je l’indiquais il y a un instant, leur prévention que leur réparation. A tous les âges de leur vie, les populations les plus fragiles – enfants de familles monoparentales, jeunes sans diplôme, travailleurs précaires... – doivent donc pouvoir compter sur la solidarité nationale pour obtenir la formation nécessaire à leurs projets.
a) Mieux investir dans l'éducation
Mieux investir dans l'éducation suppose, sans doute, en premier lieu, des moyens financiers et humains supplémentaires et surtout mieux ciblés, mieux répartis. Un tel effort est possible puisque la France ne consacre aujourd'hui que 5,8% de son PIB aux dépenses publiques d'éducation contre 7,6% en Suède et en Norvège. Mais nous aurions tort de croire que la lutte contre l'échec scolaire se résoudra simplement par la création de postes. S'il faut réduire le nombre d'élèves par classe en ZEP, il faut, dans ces quartiers, des professeurs mieux préparés, mieux formés et mieux payés en majorant de 100% leurs salaires. Pour réformer l'école, nous devons recréer un pacte de confiance entre la gauche et les enseignants.
Mieux investir dans l'éducation implique, en outre, une meilleure prise en charge du temps extra-scolaire. Les causes de l'échec scolaire tiennent en effet plus à ce qui se passe « en dehors » de l'école qu'à ce qui s'y passe en son sein. La mise en place d'un soutien gratuit pour tous pourrait répondre à cet objectif. Appuyé sur le réseau associatif et encadré par des assistants d'éducation, ce soutien garantirait une assistance personnalisée, en dehors des heures de cours, aux enfants en difficulté. Sa mise en place dès le cours préparatoire permettrait d'éviter l'une des plus grandes sources d'injustice sociale, à savoir l'orientation trop précoce.
Mieux investir dans l'éducation exige encore – justement – un changement complet de la politique d'orientation. Nous devons passer d'une logique de l'orientation par défaut à une logique de parcours éducatif construit. A partir de l'entrée au collège – moment clef et difficile pour les adolescents – tout cursus devrait comporter un ensemble de projets fondés sur des activités encadrées et donnant lieu à la production d'un livret de projet personnel d'orientation. La création d'un service public d'orientation – intégrant et améliorant les dispositifs existants – devrait également permettre de mieux informer les jeunes des débouchés offerts par chaque voie de formation.
Je ne supporte pas que 150 000 jeunes, tous les ans, sortent de notre système sans diplôme ! Je ne supporte plus que les déterminismes sociaux sélectionnent nos élites de demain ! Être de gauche, c'est aussi être révolté contre ces situations inacceptables, intolérables !
Mieux investir dans l'éducation suppose aussi, au sommet de la pyramide, d'engager une réforme complète et ambitieuse de l'enseignement supérieur. Nous vivons aujourd'hui sur le mythe du libre accès à l'Université. Or, si le nombre d'étudiants a bel et bien doublé en 30 ans, 40% d'entre eux échouent dès la fin de la première année. Sortir ces jeunes de leur impasse doit être l'une des « nouvelles frontières » de la gauche. Nous le pourrons, sans revenir sur le principe d'autonomie des Universités, en augmentant les investissements publics, en généralisant les partenariats avec les entreprises et le monde de la recherche, en favorisant les voies professionnalisantes et l’alternance...
Mieux investir dans l'éducation n'interdit pas, enfin, de généraliser les expériences qui font la preuve de leur efficacité ! Je suis convaincu qu'il faut réinventer les formes de l'élitisme républicain. En 2005, j'ai eu l'honneur d'être le rapporteur d'une proposition de loi garantissant l'accès des classes préparatoires aux meilleurs élèves des lycées en ZEP. Basés sur des critères territoriaux, des dispositifs d'action positive pourraient créer dans ces quartiers une véritable émulation en réouvrant la perspective d'ascension sociale. Le succès des expériences conduites, sur ma circonscription, au lycée Robert-Doisneau de Corbeil-Essonnes mériterait donc que la loi étende, sur tout le territoire national, ce type de dispositif.
b) Mieux investir dans la formation et l'entreprise
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Après l'éducation scolaire, la formation professionnelle doit être le second maître mot de la gauche de ce début du 21ème siècle. Jacques Delors a raison de dire que « l'instruction tout au long de la vie est au coeur de la problématique de la responsabilité et de la solidarité ». Or ce chantier, mes chers amis, reste aujourd'hui largement en friche !
Bien que la formation professionnelle ait mobilisé en 2006 plus de 34 milliards d'€, le rapport de la Cour des comptes publié en octobre 2008 est sans appel : « malgré cet important effort consenti par la nation et en dépit de multiples réformes, écrit-elle, notre système de formation professionnelle peine à répondre aux exigences nouvelles qui lui sont assignées ».
Si le nombre de ses bénéficiaires progresse, les demandeurs d'emploi ne représentent qu'un septième d'entre eux et les travailleurs peu qualifiés y sont tout aussi mal représentés. Actuellement, la formation professionnelle profite ainsi, dans la grande majorité des cas, aux salariés qui en ont le moins besoin ! Il est donc urgent de la réorienter en faveur des travailleurs les plus exposés aux aléas économiques surtout aujourd’hui.
Et il est indispensable, en outre, de mieux adapter les formations offertes aux besoins des entreprises. Trop longtemps la gauche est restée prisonnière du schéma marxiste limitant l'entreprise au lieu d'exploitation du travail. Cette vision étroite et caricaturale est aujourd'hui dépassée dans le monde occidental. Dans l'immense majorité des cas – et je pense notamment aux petites et aux jeunes sociétés – l'entreprise est un lieu où patrons et salariés partagent leurs efforts comme leurs espoirs.
Le succès des Sociétés coopératives de production (SCOP) mais aussi du micro-crédit montre que le marché n’est pas en reste pour créer, de lui-même, des formes d’entreprise qui jettent les bases d’un modèle de développement durable et solidaire. Et les leçons tirées de la crise actuelle obligent une gouvernance plus transparente, plus démocratique, des entreprises.
Il y a évidemment des comportements insupportables de la part de certains chefs d’entreprise – irrespect du salarié, prédation, cupidité – qui sont révoltants mais il y aussi – et j’en rencontre tous les jours – des entrepreneurs qui privilégient le long terme, le capital humain et des valeurs sociales, sociétales et écologiques.
La gauche peut donc, sans crainte, faire sienne une culture entrepreneuriale ; et parmi d'autres mesures – je pense notamment à la création d’une banque publique en faveur des PME ou à la majoration des aides en faveur de l’économie sociale et solidaire – la réadaptation de la formation professionnelle donnera aux jeunes des quartiers défavorisés ce fameux 'coup de pouce' susceptible de libérer les énergies.
C'est ainsi que la gauche trouvera, au coeur même du marché et de l'entreprise, de nouveaux leviers au service de sa lutte contre les inégalités, tout en faisant preuve de pragmatisme, en privilégiant le compromis social, en dépassant les 35 heures, en inventant une flexisécurité à la française. Nous devons tout faire pour soutenir la compétitivité de nos entreprises !
c) Mieux investir dans la culture
« Investir dans le capital humain » revient, en dernier lieu, à relancer une politique culturelle à la hauteur du rang de la France. Nous avons la chance de vivre dans un pays dont le rayonnement culturel est international. Mais, faute d’un soutien public suffisant, ce rayonnement menace pourtant de devenir, un jour, celui d’un astre mort. Si notre patrimoine culturel garde encore tout son prestige, la création contemporaine souffre, par contre, d’une cruelle carence de ses moyens. Il est temps que l’apprentissage de tous les arts soit au cœur du projet éducatif.
Mais, l’exemple récent de la loi HADOPI a révélé au grand jour l’incapacité du pouvoir en place à saisir les enjeux et les évolutions technologiques de notre époque. En s’acharnant à défendre un mode de financement dépassé, il prend le risque de tarir les sources de la production musicale et cinématographique. Il nous appartient de trouver des nouvelles ressources et d’adapter les droits des artistes-interprètes de la musique et de la danse, des comédiens, des auteurs et des compositeurs, des producteurs au changement de modèle économique et, par voie de conséquence, à leurs réels manques à gagner.
Je propose que se tiennent des états généraux de la culture pour dépasser la loi HADOPI aujourd’hui inapplicable après la décision du Conseil constitutionnel et que cela soit l’occasion d’une mobilisation exceptionnelle de tous les artistes et de leur capacité de création et d’imagination.
Il est donc impératif que la gauche réinvestisse le domaine culturel pour prendre toutes les actions et dégager tous les moyens nécessaires (par l’engagement des collectivités territoriales, le mécénat…) au maintien d’une création française de premier plan. Elle doit aussi concevoir un nouveau projet pour le service public de l’audiovisuel, mais également réfléchir à la place de la télévision, des multi-medias, de l’Internet, dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Anticipons sur les évolutions spectaculaires mais parfois inquiétantes de toutes ces nouvelles technologies – je pense notamment à la dématérialisation du livre ! Soyons pleinement de notre époque !
Par là, la gauche ne servira pas seulement l’image de notre pays ; elle mettra surtout la dernière pierre à son projet car l’épanouissement culturel et artistique a toujours été l’apothéose de la réalisation personnelle de chaque individu.
Mesdames, Messieurs, Mes chers amis,
Partant de la crise d'identité de la gauche, je me suis efforcé devant vous, de définir pour elle un nouveau projet, une nouvelle méthode et de nouveaux moyens. Je l'ai fait et continuerai de le faire – quoiqu'il arrive – avec humilité mais aussi avec détermination. Comme pour beaucoup d'entre vous ici présents, la gauche est l'engament de ma vie. Et c'est parce que je l'aime d'une passion qui a traversé ses victoires et ses défaites que je me suis déclaré candidat à l'investiture pour porter ses couleurs en 2012.
II. Qu'est-ce qui justifie ma candidature ?
1. Le refus de se résigner à la défaite
Nous sommes nombreux à penser et affirmer, aujourd'hui comme hier, qu'« il n'y a pas de fatalité à l'échec de la gauche ! ». Et pour cause !
a) Les atouts du PS
A la tête de 22 régions sur 26, de la majorité des départements et des plus grandes villes de France, la gauche dispose d’abord d'une première ressource inestimable : l'expérience de ses milliers d'élus locaux, de métropole et d'outre-mer. Au plus près des attentes de nos compatriotes, ils mettent en oeuvre et imaginent, au quotidien, des solutions qui savent conjuguer le réalisme économique et le progrès social ; des solutions qui savent répondre aux besoins du présent et anticiper les défis du futur...
Qu’ils gèrent des villes moyennes ou des métropoles, ils contribuent, en effet, en première ligne, à bâtir la civilisation urbaine avec laquelle se confond notre avenir. 80% de la population mondiale sera citadine en 2025. C’est donc bien l’avenir de la planète et de l’espèce humaine qui se joue dans les villes. Au Sud, et je pense bien sûr à l'Afrique, confronté à des défis redoutables (celui de la faim et des bidonvilles), en Chine ou en Inde exposées au choc démographique et à un capitalisme débridé, mais aussi, n’en doutons pas, dans nos villes où s’inventent les règles du « vivre ensemble » de notre siècle. Et si les défis écologiques comme le réchauffement climatique appellent, bien évidemment, des décisions planétaires – le sommet de Copenhague sera, à ce sujet, une étape capitale –, ils impliquent tout autant des mesures concrètes, prises au niveau des villes, pour économiser l’espace et l’énergie, inventer de nouveaux systèmes de transport.
A tout égard, il est grand temps que ces expériences irriguent davantage les réflexions et les propositions défendues rue de Solferino ! J’ai la conviction absolue que le PS en sortirait revivifié.
La gauche dispose également de plusieurs thinks-tank regroupant des spécialistes reconnus dans les divers domaines de l'action publique. Elle peut puiser aussi dans les réflexions novatrice d'un syndicalisme français en pleine mutation. Les chercheurs et les experts dans toutes les sphères sont nombreux à ne pas vouloir laisser s'abîmer l'espoir que les idées puissent influer sur le cours du monde ! A nous de traduire maintenant leurs travaux et leur réflexions en une offre cohérente et intelligible pour l'ensemble de nos concitoyens !
Fort de ces atouts – et je n’oublie pas nos militants et nos sympathisants désintéressés et dévoués – la gauche pourrait donc dégager, au cours des 3 prochaines années, des moyens propres à servir notre projet en faveur de l'autonomie individuelle, dans tous les compartiments de la vie sociale. Et par cette régénération complète de sa pensée, elle aura rempli la première condition de sa reconquête du pouvoir.
b) La chance des primaires
Mais il est une autre condition toute aussi essentielle à la victoire, celle de l'organisation de primaires ouvertes et populaires. Si le Parti socialiste ne saisit pas l'opportunité qu'elle représente, il est probable qu'il laisse alors s'échapper sa dernière chance de battre la droite en 2012. Et c’est aussi pour souligner l’importance majeure de cette procédure que j’ai voulu m’y porter candidat.
D'autres, avant moi, s’en sont déjà faits les brillants avocats ; et je veux saluer ici la qualité du récent rapport présenté et co-signé par Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand. Mais je souhaiterais développer ce soir, d’autres raisons pour lesquelles l'organisation de primaires me paraît décisive.
A la différence d’autres, je suis convaincu qu'il est désormais impérieux d'arrêter l'hypocrisie. Depuis la publication du Coup d'Etat permanent, le PS feint d'ignorer, comme Tartuffe, la présidentialisation du régime qu'il « ne saurait voir ». Toujours mal à l'aise avec l'ego, le PS aimerait croire que le programme est tout et le candidat n'est rien d'autre que son humble incarnation... Cette tartufferie pourrait bien finir par lui être fatale ! Compte tenu de la personnalisation croissante de la politique et de nos institutions, il n’est plus possible de traiter de la question du leadership une fois seulement que les questions de fond sont résolues. Or la mise en place de primaires – et c'est une certitude que même ses adversaires craignent – permettrait justement de trancher enfin cette lancinante question de leadership.
L'organisation de primaires serait également l'occasion pour le PS de s’accorder aux mutations de la démocratie. Depuis de nombreuses années, l’ensemble des politologues souligne, en effet, la crise de la représentation et la progression de nouvelles revendications démocratiques. Dans son dernier ouvrage, Pierre Rosanvallon déclare ainsi sans ambages : « les conditions de la légitimité d’un pouvoir ont changé. On ne peut plus se contenter de l’élection pour acquérir une pleine légitimité ». La vieille ligne de partage qui distingue ceux qui proposent et ceux qui votent est de moins en moins conforme aux évolutions de notre époque. Du même coup, l’idée selon laquelle un parti pourrait être, à lui seul, porteur d’un projet clé en main pour transformer la société se trouve, elle aussi, condamnée.
Quoiqu’il nous en coûte, il nous faut enfin admettre que le politique ne peut plus avoir la prétention à totaliser la société car il n’est plus tout. Mais le fait qu’il ne soit plus tout ne le condamne pas pour autant. Car si le politique n’est plus tout, il est plus que jamais présent dans tout. Il irrigue toutes les dimensions de la vie sociale et de manière croissante car son intervention ou ses arbitrages sont de plus en plus requis dans une société complexe où aucune solution ne va facilement de soi. Simplement, au lieu d’intervenir en position de surplomb sur le mode directif, il ne peut agir qu’en interaction avec les autres acteurs économiques, sociaux ou culturels. Son action est désormais plus horizontale que verticale à l’instar de la révolution Internet. La mise en place de primaires s’inscrirait parfaitement – de toute évidence – dans une telle perspective.
Elle permettrait enfin d’engager une rénovation profonde de la structure et du fonctionnement du PS. Depuis l’époque où « prendre sa carte » engageait l’identité et la vie d’une personne toute entière, les formes de l’engagement politique ont profondément évolué. Le temps n’est plus où le militant était cette figure crainte et respectée de moine-soldat d’une avant-garde éclairée. Comme le note Marcel Gauchet, « le développement de l’individualisme transforme le rapport à la politique : l’individu contemporain n’est pas un militant. Il est un observateur du champ politique plutôt qu’un acteur véhément ». Si le PS veut que son discours retrouve prise dans la société, il est urgent qu’il puisse s’ouvrir, au moins le temps d’une primaire, à des formes plus soft d’enrôlement…
L’organisation de primaires permettrait, en dernier lieu, de jeter les bases de cette Maison commune que d’aucuns appellent de leurs vœux pour la gauche. La désignation d’un candidat unique pour la présidentielle créerait, peut-être, les conditions d’un rapprochement étroit et durable des différentes formations – à condition qu’elles élaborent un contrat de législature, qu’elles s’ouvrent à toute la société et à celles et ceux qui veulent bâtir une alternative crédible à la droite. S’il faut s’efforcer de rassembler au maximum – et j'y prendrai toute ma place – cette ambition n’implique pas, disons le nettement, la recherche, à tout prix, d’une impossible synthèse entre des positions inconciliables, notamment avec ceux qui ne veulent pas gouverner, qui se réclament du « che guevarisme » ou qui refusent la construction européenne. Nous devons refuser de subir la pression de l’extrême gauche dont les accusations de trahison ont trop souvent alimenté notre mauvaise conscience.
Les questions du dépassement du « Parti socialiste » et de son changement de nom pourraient alors être résolues sans susciter les crispations habituelles sur ce sujet… Mais là aussi il faut de la vérité ! Je crois que le mot « socialisme » hérité des concepts du 19ème siècle contribue aujourd’hui à brouiller notre identité. Nous devons, bien sûr, privilégier la clarté du projet au fétichisme des mots. Un changement de nom serait un signe clair de notre transformation.
Osons « en finir avec le vieux socialisme… pour être vraiment de gauche ! »
2. Faire renaître une « envie de gauche »
Mesdames, Messieurs,
Mes chers amis,
Comme vous le voyez, la tâche qui nous attend est immense et – pour utiliser, à mon tour, cette image très célèbre – elle nous promet aussi sa part de « de sang et de larmes ». Mais je ne doute pas un instant, ni du sens de notre combat, ni des chances de notre victoire ! Et c’est pourquoi j’ai souhaité, dès maintenant, lancer un message d’espoir en déclarant ma candidature à l’investiture des primaires.
Comme beaucoup d’entre nous, j’ai été frappé par l’atonie des instances dirigeantes du PS au lendemain de notre défaite aux élections européennes. Etait-ce l’effet de la tétanisation ou le produit de l’épuisement ? Notre dernier Conseil national a été dominé par une ambiance mortifère : aucun cri, aucune colère, aucune espérance – donnant ainsi raison à Bernard-Henri Lévy disséquant ce « Grand cadavre à la renverse » !
C’est parce que je n’accepte pas l’idée que la gauche puisse « mourir à petits feux » ; c’est parce que je ne supporte plus nos rituels d’après défaite – ces rituels où chacun annone « Rénovation, rénovation, rénovation » pour que rien ne bouge ; c’est parce que je suis convaincu que la gauche n’est plus la gauche lorsqu’elle se résigne ; c’est pour toutes ces raisons que j’ai voulu dire, à tous ceux de ma génération et aux autres : N’ayez pas peur ! N’écoutez pas ceux qui vous disent qu’il faut réformer « pas à pas » ! Si nous avançons « pas à pas », j’en suis persuadé, c’est vers notre disparition que nous irons !
Ces propos ne sont pas ceux d’un imprécateur solitaire ; leur but est au contraire d’inviter tous les nouveaux talents à prendre leurs responsabilités : il ne faut plus qu’ils se meurent dans les calculs et les filets de l’appareil !
Alors, bien sûr, il s’en trouve toujours, dans ces circonstances, pour dénoncer une nouvelle atteinte à l’unité du Parti ; pour rabaisser la démarche à un simple calcul personnel ; ou pour dire leur « tristesse » de voir un plus jeune menacer leur ambition blessée. A tous ceux là, je veux dire : sortez du bois, oubliez vos rancoeurs et débattons ensemble de nos projets devant les français !
Soyez sûrs, mes chers amis, que j’irai à cette confrontation avec détermination et confiance. Depuis mon engagement au PS – il y a maintenant de nombreuses années… – j’ai eu maintes occasions de raffermir la force de mes convictions par l’expérience des réalités. J’ai d’abord eu la chance et l’honneur de travailler au plus près de deux des plus grands Premiers ministres de la gauche française : Michel Rocard et Lionel Jospin. A leur contact quotidien, j’ai appris ce qu’était la charge de diriger un pays face aux grands défis du monde ; mais j’ai aussi appris, et peut-être plus encore, que la politique est avant tout une éthique – celle de la vérité.
Élu député depuis 2002, je me bats à l’Assemblée nationale pour faire entendre, avec mes collègues, la voix d’une gauche pugnace et responsable au plan national.
Élu de banlieue depuis 20 ans, aujourd’hui à la tête de l’équipe municipale, formée d'élus de gauche et d'écologistes, qui anime l’une des villes les plus jeunes de France, je suis confronté chaque jour aux questions et aux défis de notre époque, là où vit le « nouveau prolétariat » des banlieues, si souvent oublié des pouvoirs publics. Avec ses atouts et ses carences, Evry condense sur son territoire tous les enjeux de la modernité : celles de l’intégration économique et de l’innovation technologique, celles de la laïcité et du multiculturalisme, celles de la sécurité et de la démocratie locale, celles du développement durable et de la rénovation urbaine – en un mot celle des règles du « vivre ensemble » et d’une nouvelle identité nationale dans la France du 21ème siècle.
Il ne serait pas absurde, et il serait même logique – et quel beau projet pour la gauche ! – que ce soit le maire d’Evry qui succède en 2012 – en 2012 parce que je ne veux pas attendre 2017, parce que je ne le souhaite pas pour la France qui a besoin de justice sociale – au maire de Neuilly…
Je crois aujourd’hui légitime d’utiliser cette expérience pour porter notre combat au plus niveau. Et puis quel beau pays la France, qui permet à un fils d'espagnols, lui-même né à Barcelone, naturalisé en 1982, de penser aux plus hautes fonctions ! C'est cette France que j'aime et que je veux faire aimer notamment par sa jeunesse, cette jeunesse qui doute de l'avenir !
Il ne s’agit pas seulement d’un destin individuel, je suis lucide et je connais la difficulté de l’entreprise. Il s’agit d'abord de créer les conditions d’un mouvement collectif auquel je demande à chacun de s’engager.
Persuadé que notre pays a un « besoin de gauche », d'optimisme, je veux, avec vous tous, faire bientôt renaître en lui, une « envie de gauche », oui, une très belle envie de gauche !
[1] Pierre NORA in Le Monde du 17 mars 2007