Vite la révolution citoyenne! - Le blog de Vincent Christophe LE ROUX, secrétaire adjoint du comité de Nice du Parti de Gauche

mercredi 15 juillet 2009

Le dictionnaire des mots interdits: Lutte des classes - Gérald ANDRIEU - Marianne2.fr - Le 15 juillet 2009

Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. L’année qui vient de s’écouler avait un vrai goût de «lutte des classes». Mais surtout n’usez pas de cette expression: elle est marquée au fer… rouge!

La novlangue continue son travail de sape : on ne s’autorise même plus à parler de classes (à l’exception notable du grand fourre-tout pluralisé que sont les « classes moyennes »). Aujourd’hui, il n’est plus question que de CSP. Non, pas les « comités de salut public » — c’est bien trop subversif — mais les « catégories socioprofessionnelles ». D’ailleurs l’acronyme CSP, dans les colonnes des journaux, a bizarrement tendance à ne se conjuguer qu’au positif : les « CSP + », grandes consommatrices, ont le droit de cité tandis que l’expression « CSP –  » semble être aujourd’hui devenue taboue ! Alors, aucun risque de voir revenir sur le devant de la scène « la lutte des classes ». Une expression bien trop marquée. Et au fer rouge en plus !

Pourtant, l’année qui vient de s’écouler avait un vrai goût de « lutte des classes ». Avec la crise, les disparités entre « classes laborieuses » et « classe dominante » (ça fait bizarre mais, vous verrez, on s’y fait !) se sont montrées plus criantes que jamais. Heures supplémentaires, travail dominical, licenciements et chômage pour les uns. Bonus, stock-options, retraites chapeau, pantouflage, bouclier fiscal, parachutes dorés et même golden hello pour les autres. Résultat des courses : une multiplication de ce qu’on appelle pudiquement dans la France du XXIe siècle les « conflits et mouvements sociaux »...

Lutte des classes et lutte contre la « pwofitasyon »

Bien sûr, à la faveur de la crise, des concepts, que l’on disait tout aussi archaïques et gauchisants que « la lutte des classes », ont fait leur grand retour dans les discours des politiques. Qu’ils soient d’ailleurs de gauche, de droite ou du centre : « nationalisation », « redistribution des richesses », meilleure répartition entre « capital » et « travail ». Bien évidemment, à la faveur de la crise, Karl Marx, son célèbre (mais pas seul) théoricien a suscité un regain d’intérêt. Mais la théorie de « la lutte des classes », elle, n’a pas retrouvé les faveurs des commentateurs économiques et politiques « dominants ».

Même en Outre-mer, où l’actualité nous a offert un bel exemple de « lutte des classes », il a fallu faire sans. Remisée aux oubliettes des expressions politiquement incorrectes et remplacée par la lutte contre la « pwofitasyon ». Mais la « pwofitasyon » de qui ? D’une bourgeoisie locale clairement identifiée, elle, sous le nom de « békés » en Guadeloupe  et de « gros blancs » à la Réunion… 

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mardi 14 juillet 2009

L’aspiration à l’égalité revient en force - Laurent Etre - L'Humanité - 14 juillet 2009

La crise a donné un nouvel élan aux valeurs de justice sociale. Même Nicolas Sarkozy doit en tenir compte…

« Une société égalitaire, c’est le contraire d’une société de liberté et de responsabilité », lançait Nicolas Sarkozy le 24 mars dernier, lors d’un déplacement à Saint-Quentin. Mais plus récemment, à Versailles, le chef de l’État a ajusté sa vision, déclarant que « pour atteindre l’égalité, il faudra savoir donner plus à ceux qui ont moins ». S’il semble ainsi avoir pris conscience du caractère incontournable, politiquement décisif en période de crise, de la référence à l’égalité, il n’est évidemment pas question pour lui de rompre avec les fondamentaux du libéralisme.


La suite de son propos en témoigne : « il faudra savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir qu’à tous les autres. Il ne faut pas le faire sur des critères ethniques. (…) Il faut le faire sur des critères sociaux. » Ainsi, toute visée redistributive se devrait d’avoir pour toile de fond non l’égalité des individus concrets, mais celle des chances, qui appréhende la société comme une grande loterie.

L’égalité des chances ouvre aussi, n’en déplaise au chef de l’État qui redécouvre les « critères sociaux » le temps d’un discours, sur la discrimination positive et les logiques de quotas. Plutôt que de renforcer en tant que telles les zones d’éducation prioritaire (ZEP), on donne ainsi la priorité à des expériences comme les « quotas ZEP » de Science-Po. Et que dire du récent rapport proposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises ? Cette proposition vise-t-elle à faire progresser l’égalité entre homme et femme ou, plus prosaïquement, à égaliser formellement l’accès au club de celles et ceux qui tirent profit d’un système social inégalitaire ? « Il n’y a aucune contradiction entre la perpétuation des élites et leur diversification : on s’efforce de les diversifier pour les légitimer, pas pour les faire disparaître », tranche l’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur d’un petit livre paru récemment, la Diversité contre l’égalité (1).

Reste que les inégalités sociales se croisent évidemment avec les inégalités de genre : aujourd’hui en France, les femmes perçoivent des salaires inférieurs d’environ 21 % à ceux des hommes. Et le racisme peut être structurel, comme en témoigne la perpétuation d’une économie de type colonial dans les Antilles. Les formes d’inégalités sont multiples, mais celle des revenus revient au cœur du débat public. Début 2009, l’affaire des stock-options de Daniel Bouton, alors PDG de la Société générale, a inauguré le scandale des revenus des grands patrons. En tenant compte uniquement des salaires, les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 80 et 270 années de SMIC (2). Des chiffres qui donnent l’aspect d’une provocation au fatalisme grinçant d’Ernest-Antoine Seillière, ancien patron des patrons, lequel déclarait, dans le cadre d’un dossier du JDD du 29 mars consacré au « divorce » entre les Français et les « super-riches » : « Nous passons d’un monde où triomphait la liberté à un monde où domine l’égalité. »

De l’égalité redistributrice à l’appropriation sociale

Pour que l’égalité domine vraiment, il faudrait peut-être, justement, que la liberté triomphe, non pas la fausse liberté du maître de forge, bien dépendant de ceux qui travaillent pour lui, mais celle de se réaliser soi-même. Cela implique de passer du refus de l’inégalité à l’offensive pour une égalité positive. N’était-ce pas déjà le souci de Marx, opposant, dans sa Critique du programme de Gotha, la logique « à travail égal, salaire égal » d’une société « portant encore les stigmates de l’ancienne société capitaliste » à celle de la société communiste réalisée : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » ? Les luttes pour la « récupération des biens communs », selon l’intitulé du manifeste adopté au Forum altermondialiste de Belem, partent concrètement de cette aspiration à l’appropriation commune, qui se développe dans le monde, notamment en Amérique latine. Début 2009, la Bolivie a adopté par référendum une nouvelle Constitution, dans laquelle certaines ressources, en particulier l’eau, sont considérées comme des biens non privatisables. C’est là le couronnement de plusieurs années de luttes populaires contre des multinationales comme Bechtel, qui utilisaient leur situation de monopole dans certaines régions pour imposer des hausses de tarifs vertigineuses, excluant de fait toute une partie de la population de l’accès à l’eau.


Qui dit bien commun dit gestion publique, partout et y compris en France, où l’INSEE a récemment présenté une étude soulignant que les « transferts en nature » réalisés par les services publics (santé, éducation, logement social…) concourent pour plus de deux tiers (69 %) à la réduction des inégalités (3). Loin d’être une valeur abstraite, l’égalité avance en s’appuyant sur les acquis des luttes sociales, cœur battant de toute démocratie véritable.

Parler égalité, c’est parler démocratie

Comme à chaque Fête nationale, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 va revenir inspirer les acteurs du débat politique. De ce texte fondateur, on retient généralement une proclamation de portée universelle : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il ne s’agit cependant que du début de l’article premier, qui se poursuit en stipulant que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Ainsi, l’égalité est dissociée de « l’égalitarisme » qui effraie tant la droite, et en même temps rapportée à l’idée d’un intérêt général. Mais la question de savoir qui est habilité à définir l’intérêt général ou l’utilité commune n’est pas tranchée. Ce n’est qu’avec la révolution de 1848 que disparaît le suffrage censitaire, qui subordonnait le droit de vote aux ressources. Et encore, dès 1850, une dose de ce suffrage est rétablie, par une loi conditionnant le droit de vote à trois ans de résidence continue dans une même commune. Ainsi, les migrants, petits paysans en exode vers les villes, sont d’emblée exclus, ainsi que les ouvriers précaires.


Parler égalité, c’est donc nécessairement parler démocratie – égale liberté d’intervenir dans les affaires publiques du pays où l’on vit et travaille ainsi que droits et pouvoirs d’intervention pour les salariés qui produisent les richesses dans les entreprises. Où en sommes-nous aujourd’hui de ce combat émancipateur ?


Laurent Etre

(1) La Diversité contre l’égalité, Walter Benn Michaels. Éditions Raisons d’agir, 2009, 7 euros.

(2) Observatoire des inégalités

(3) Portrait social de la France 2008, INSEE.

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lundi 13 juillet 2009

Le dictionnaire des mots interdits: Protectionnisme européen - Philippe COHEN - Marianne 2.fr - Le 13 juillet 2009

Quatrième épisode de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Le protectionnisme européen est une option rationnelle dont la crise a renforcé la thèse puisque la contraction de la demande apparait comme la cause principale de la crise. Pourtant la solution protectionniste reste tabou, la plupart des dirigeants et des économistes la percevant comme une régression nationaliste.

« Je suis ici comme plaideur pour un protectionnisme. (…) C’est un rôle très difficile, un rôle de scélérat. » Il fallait un certain courage à l’économiste Jean-Luc Gréau, bien connu des lecteurs de Marianne 2, pour introduire son propos à une conférence de l’OCDE tenue à Paris les 23 et 24 juin dernier sur le thème « De la crise à la reprise : garder les marchés ouverts ».
(Pour voir la vidéo de son intervention, c’est ici )


Il fallait être gonflé pour affronter sur leur terrain Pascal Lamy, Tim Groser, ministre du Commerce de Nouvelle-Zélande, et bien d’autres technocrates du libre-échange. Après son speech, deux personnes ont applaudi, si bien que l’on se demande si son épouse ou un ami proche n’étaient pas présents dans la salle….


On peut s'en réjouir ou s'en lamenter, mais c'est un fait : la crise économique n'a pas conduit les élites européennes et anglo-saxonnes à remettre en cause la priorité donnée depuis dix ans au libre-échange mondialisé. Toutes les réunions du G20 et du G8, tous les colloques organisés sur la crise, toutes ou presque les interventions de dirigeants d'État écartent d'un revers de main le recours à des systèmes de protection. Pour eux, le protectionnisme demeure une idée régressive qui non seulement réduira la croissance mondiale mais encore pourrait conduire le monde à de nouveaux conflits.


« TSP » : Tout sauf le protectionnisme reste le mot d'ordre de nos élites. On notera d'abord que, par ignorance ou par ruse, tous ceux qui rejettent le protectionnisme font comme si ses partisans proposaient un protectionnisme national. Or, personne, hormis peut-être le Front national, ne propose aujourd'hui une telle option. Les partisans français du protectionnisme militent pour une limitation des échanges à l'échelle européenne – pour ne plus avoir ce protectionnisme du passé qui offrait aux chefs d'entreprise refusant toute innovation des marchés fermés.


Organisé à l'échelle européenne, le protectionnisme permettrait au contraire un rebond de la concurrence. L'intérêt est que cette concurrence s'effectuerait dans des conditions d'équité entre les entreprises : équité fiscale, sociale, règlementaire et environnementale. Le protectionnisme européen permettrait un rebond de la croissance dans la mesure où il se situerait sur un marché de 450 millions de consommateurs, le plus gros marché du monde. Il n'empêcherait nullement à des sociétés japonaises, chinoises ou américaines de commercer sur le vieux continent. Simplement, il obligerait ces entreprises à s'implanter sur un marché et à y fabriquer leurs produits manufacturés, créant ainsi des emplois.


Le protectionnisme européen – mais aussi asiatique ou américain, du sud au nord – présente, selon ses partisans, deux intérêts principaux :


1) Il permet de lutter enfin efficacement contre ce que Jean-Luc Gréau appelle la sous-rémunération du travail humain d'où découle la contraction de la demande. Depuis trente ans, la recherche du moins-disant salarial a freiné le pouvoir d'achat des salariés des pays développés, paupérisé les classes moyennes sans pour autant améliorer la consommation dans les pays émergents de façon significatives : qui ignore encore que les prétendues classes moyennes chinoises dont on nous a rabattu les oreilles ne sont que quelques dizaines de millions ? Qui refuse de voir que la consommation chinoise, après trente ans d'ouverture, ne représente que 40% du PIB du pays, le ratio le plus faible des grandes économies ? Qui refuse encore de voir que le miracle chinois ou indien repose avant tout sur des salaires inférieurs de vingt à trente fois ceux de l'Europe ou des États-Unis ?


Aujourd'hui, la plupart des économistes intègres reconnaissent que la crise des subprimes n'est pas seulement le résultat des excès de l'univers financier, mais aussi et surtout le résultat d'une demande qui ne cesse de s'affaiblir : pour continuer à vendre leurs produits et soutenir la croissance, les entreprises et le système ont favorisé le développement d'un gigantesque système de crédit qui a fait illusion quelques années seulement avant de s'écrouler à l'automne dernier.

2) Le protectionnisme régional est aussi la seule façon de lutter à long terme contre le réchauffement de la planète et la détérioration de l'environnement. La mondialisation des échanges charrie avec elle de nombreux fléaux écologiques :


– La destruction violente de l'environnement dans les pays devenus les ateliers du monde, où les usines ont poussé comme des champignons au détriment des rivières et des terres arables : en Chine, 25% des terres cultivées ont été abandonnées à l'industrie et chaque année des milliers de kilomètres carrés de terres agricoles disparaissent. Et ce n'est pas les coups de canon tirés dans les nuages par les bureaucrates de Pékin durant les JO qui changent quelque chose à cette réalité.

– Les transports par air, terre et mer génèrent une production de carbone néfaste à l'environnement. L'ensemble du trafic routier est devenu en France la première source d'émissions de gaz à effet de serre, et la contribution du fret routier aux émissions de gaz à effet de serre s'est accrue de 32 % de 1990 à 2006. Les transports maritimes contribuent à la pollution de l'air et au développement des pluies acides dans les zones côtières.
Un recentrage des échanges à l'échelle régionale aurait donc un impact positif sur l'environnement. Mais toutes les institutions et les gouvernements se situant peu ou prou dans une perspective libre-échangiste, nous ne disposons même pas d'étude d'impact sur cette option.

L'aveuglement des élites : un mystère


Pourquoi les décideurs du monde entier, pourtant fragilisés par une crise qui ne frappe pas que les pauvres, restent-ils insensibles à ces arguments ? Pourquoi le protectionnisme, qui a joué un rôle essentiel dans le développement du capitalisme au XVIII° et au XIX° siècle, reste-t-il une mesure taboue au sein des élites ?


L'explication n'est pas facile. Les intérêts des gros actionnaires et des dirigeants jouent bien entendu un rôle : le libre échange n'est pas qu'une théorie, mais aussi une pratique qui a permis une formidable progression des inégalités, l'enrichissement de dizaines de milliers d'agents de la finance et de dirigeants d'entreprise.


Mais l'entêtement des élites à vouloir un retour, quoi qu'elles en disent, au capitalisme financier semble aussi idéologique. Les dirigeants du monde et, singulièrement, les économistes ont mal assimilé l'histoire. Ils perçoivent le protectionnisme comme forcément national et fauteur de guerres, se fondant notamment sur la période précédant celle de 1939-45, ce qui est factuellement faux, ou en tout cas très discutable. En fait, le libre échange nous est présenté comme un universalisme porteur de paix et de prospérité, ce qui est risible lorsqu'on observe sans esprit partisan les résultats de la mondialisation dite heureuse. Au passage, cette imposture idéologique a entraîné la gauche dans son sillage au point de la rendre incapable, dans les pays développés, de proposer une alternative crédible à son électorat.


Finalement, l'erreur des élites est de croire que l'alternative qui s'offre au monde se situe entre le libre échange et un protectionnisme volontiers diabolisé. Les derniers développements de la crise montrent qu'en l'absence d'une option raisonnée, c'est-à-dire celle d'un recentrage des échanges à l'échelle régionale, nous risquons au contraire de voir apparaître des protectionnismes nationaux. La façon dont la Grande Bretagne ou la Chine utilisent la faiblesse de leur monnaie nationale pour se protéger est une indication. L'exemple récent de la Chine est là, qui vient de limiter ses appels d'offres de grands travaux au niveau national. Comme l'annoncent certaines mesures envisagées aux États-Unis à la fin juin et, en fin de compte, l'adoption de plans de relance nationaux. Si les contribuables français, allemands ou américains sont appelés à y contribuer, accepteront-ils que leur argent serve à créer des emplois dans d'autres pays que le leur ? Les grèves supposément xénophobes qu'a connues le Royaume-Uni, ou les pogroms anti-immigrés de l'Italie n'annoncent-ils pas des replis nationaux délétères, favorisés – ultime paradoxe – par l'idéologie libre-échangiste ?

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samedi 11 juillet 2009

Le dictionnaire des mots interdits: Socialiste - Gérald ANDRIEU - Marianne2.fr - Le 11 juillet 2009

Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Devenu synonyme de défaite et de discorde, Manuel Valls aimerait voir disparaître le mot « socialiste » tandis que Nicolas Sarkozy, que l’on attendait moins sur ce terrain, tente de le récupérer !

«Socialiste », ce mot est devenu une vraie petite bombe à fragmentation : il suffit de le balancer lors d’un « dîner en ville » et, immédiatement après, les lieux se retrouvent changés en un champ de bataille digne du congrès de Reims. Le terme « socialiste » est devenu si honni que certains petits malins comme Manuel Valls (alias « l’homme qui ne sait plus vraiment où il habite ») lui ferait bien un sort. Judicieuse idée que de vouloir débaptiser le PS : c’est certain que, dans ce parti, c’est le nom qui pose problème et sûrement pas la fameuse absence de projet politique et de leadership ! Mais qu’importe, le maire d’Evry y croit : une petite séance de maquillage et Solférino reprendra des couleurs.

Après tout, au niveau européen, ils viennent pour ainsi dire de réaliser son rêve : en raison de l’entrée en son sein d’eurodéputés du Parti démocrate italien, il a fallu débaptiser le groupe du PSE au Parlement et dire bienvenue à celui de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates ! Noyé dans la masse et accolé à celui de « démocrate », le terme « socialiste » est censé être moins dérangeant…


Le plus paradoxal, c’est que lorsque les socialistes commencent à avoir honte de leur histoire et de leurs origines, d’autres décident de se les approprier sans aucune gêne. Cette année, plus que jamais, Nicolas Sarkozy a trouvé de bon ton de se gargariser dans presque chacun de ses discours de citations de Jaurès et de Blum. Même le FN (c’est dire !) a tenté de récupérer le fondateur de L’Humanité en nous expliquant que s’il avait été vivant, il « aurait voté » frontiste…

Marx et ça repart ?

Tout aussi paradoxal : la crise aidant, le socialisme aurait pu se refaire une jeunesse. Jamais l’auteur du Kapital n’a fait autant l’objet de « une » sur le thème : c’est la crise, le moteur économique est grippé mais il suffit de mettre une petite de goutte du finalement très actuel Karl Marx et ça repart ! Mais plusieurs mois après la crise des subprimes, il faut se rendre à l’évidence : pour le peuple, le socialisme n’apparaît pas comme une solution crédible. Ou c’est peut-être sa version la plus molle, la social-démocratie, qui ne l’est plus : lors de l’élection européenne elle a été si lourdement sanctionnée, qu’elle a été déclarée morte !

Le plus paradoxal, une fois encore, c’est que quand le mot socialisme devient maudit en France et en Europe, il retrouverait presque tout son charme ailleurs. Et pas n’importe où : aux Etats-Unis. Quelques jours seulement après l’investiture de Barack Obama, Newsweek a osé barrer sa couverture du très provocateur : « We are all socialists now » ! Et pour les auteurs de l’article auquel est rattaché le titre de « une » d’expliquer que les Etats-Unis ressemblent de plus en plus à la France. Mais s’ils savaient ce qu’ils en pensent les Français des socialistes...

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jeudi 9 juillet 2009

« Les élites de 2009 sont aussi aveugles que celles de 1789 » - Idée@jour - Marianne2.fr - Le 9 juillet

De la période qui sépare la Fronde jusqu’à la révolution de 1789, l’historien Jean Nicolas a étudié des centaines d’émeutes populaires. Ce qu’elles peuvent nous enseigner sur la crise économique et sociale actuelle est que la rébellion est une vraie exception française. La rentrée sera chaude ?

Il suffisait de lire les archives de justice comme l’historien Jean Nicolas durant une quarantaine d’années. Elles regorgent de micro-émeutes débordant la réalité, débouchant sur des modes de protestation de plus en plus construits. Jean Nicolas en a étudié mille huit cent entre 1661 et 1789, mais il estime en avoir laissé de côté un bon millier. « Ces archives, d’une richesse incroyable, mais très mal classées, proviennent de la police, de la maréchaussée, de la justice ou encore des recours des procureurs et des mémoires défensifs des avocats », explicite le spécialiste à IDEE A JOUR.

« La rébellion n’est pas contre le pouvoir, elle est une protestation contre un pouvoir qui franchit ses limites, précise t-il. Ensuite, elle peut changer de nature, d’affectivité et déboucher vers une remise en cause radicale de ce pouvoir, c’est-à-dire la révolution. La France rébellionnaire est une réalité vivante et profonde, elle constitue même un mode collectif qui a fait du heurt et de la rupture le principe même du changement dans ce pays. » Une exception française en somme dont on peut fixer l’extrait de naissance vers les années 1660, entre la Fronde et la révolution de 1789. Auparavant, existaient les jacqueries, les croquants, les va-nu-pieds, fort nombreux, fort actifs. Mais ils constituaient autant de mouvements « conservateurs », pré-libertariens, tournés contre cette autorité monarchique en train de se consolider et qui empiétait notamment fiscalement sur leurs droits traditionnels. Après la Fronde, la rébellion change sensiblement de nature.

Des historiens allemands, comparant cette période, se sont dit surpris par l’intensité et de la multiplication des mouvements rébellionnaires à la française. « C’est une époque sous tension. Le régime monarchique est le règne de l’intranquillité par excellence, contrairement à ce que l’on imagine aujourd’hui, décrit Jean Nicolas. Les gens vivent dans une forme permanente d’anxiété. Ils ont le souci de survivre. La mendicité et l’errance s’étendent. Les peurs de l’époque sont celles de la précarisation, de l’échec des ambitions individuelles, notamment des petits clercs qui n’est pas sans rappeler la crise actuelle de l’université. Les salariés non qualifiés, cette armée des hommes de peine, suscitent également beaucoup d’inquiétude. »

« J’avoue que j’ai tremblé toutes les fois que j’ai vu la portion basse de ce peuple en émotion ! » écrira en 1788, le chroniqueur Restif de la Bretonne.

Les élites de 2009 se comportent comme les élites de 1789

Les ancêtres des « Conti » et autres licenciés protestataires qui ont défrayé la chronique sociale du premier semestre 2009 se croisent dans des conflits pour le pain, la grève à la fabrique, le refus de droits seigneuriaux, les taxes sur le sel et le tabac. Eclatant un peu partout par dizaines, mais encore de basse intensité, « ces mouvements cellulaires » auront fini par cristalliser en phénomène politique.

Par exemple, cette affaire locale élémentaire. Des paysans, protestant contre les droits seigneuriaux abusifs, arrachent les insignes du seigneur de son ban à l’église. Traînés en justice, ils vont alors quérir les services d’un célèbre avocat. Ce ténor de Grenoble lui va se référer à Montesquieu et aux Lumières devant les juges.


Ce phénomène de protestation devient politique, ce que refusent de voir la majorité des grandes élites.

« L’ADN de la Grande rébellion historique qui a revêtu un caractère historique fabuleux a été la Grande Peur », marque t-il. L’attaque et le brûlage des châteaux dûs à la panique et à la rumeur d’un complot aristocratique auront constitué dans leur désorganisation, l’événement clé débouchant sur l’abolition des privilèges et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (juillet-août 1789).

« Sans gauchir la réalité, nous sommes avec ces rébellions, au vif du sujet. Il ne s’agissait plus de pain, plus d’octroi et de barrières douanières, mais au cœur du problème, la contestation du privilège. » En 2009, cette question égalitaire devant les situations revient sur le devant de la scène française et dans les débats, mais elle ne l’avait jamais vraiment quitté selon Jean Nicolas. «

L’historien qui a étudié le grand aveuglement des élites de 1789 ne peut s’empêcher tout de même « de faire un rapprochement avec le comportement de nos élites financières et bancaires contemporaines en temps de crise ».

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mardi 7 juillet 2009

Le dictionnaire des mots interdits: Temps libre - Jessica THOMAS - Marianne2.fr Le 7 juillet 2009

Suite de notre série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Mal vue, la lutte pour la réduction du temps de travail et le repos hebdomadaires. Pour lutter contre la crise et faire bonne figure, il faut travailler, travailler, travailler...

Contre la crise, mobilisation générale : citoyens, à vos postes... Et au boulot ! Chaque minute compte. Temps de trajet, temps de travail, temps réglementaire... Pas de temps mort.
Et, du temps libre ? Jamais. Préférez temps disponible. Une publicité  pour un sirop de citron répétait sous un soleil de plomb : « Il fait trop chaud pour travailler ».  Elle ne risque plus de passer. Trop dangereux. En juillet 2004, Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, a dit tout haut ce que l'on devinait déjà : la publicité s'attaque au « temps de cerveau humain disponible ». Et ce genre d'idées pourrait détourner de la doctrine en vigueur. Celle du « travailler plus pour gagner plus ».

Travailler plus pour gagner plus en trois leçons.

- Les heures supplémentaires. Elles existent depuis longtemps. Mais en les rendant plus attractives, par une exonération fiscale et une revalorisation du salaire, la loi du 21 août 2007 les impose. Refuser de faire des heures sup' devient tout bonnement une preuve de paresse.
- La loi sur le service minimum. Elle a d'abord touché les transports, et depuis la rentrée 2008, l'éducation nationale. Temps de grève ? Peu importe. Il faut assurer un temps de présence suffisant. Juste assez, pour que Monsieur le Président puisse affirmer en se marrant, il y a tout juste un an, le 7 juillet 2008, que « quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit ». C'est qu'il a tout fait pour, le petit malin. Maître du Temps, il s'est amusé à phagocyter le temps médiatique et le temps politique. On ne voit que lui.

- Le travail le dimanche. Un exemple d'acharnement idéologique. Déposé une première fois à l'automne, le texte de loi a été refusé, mais pas relégué. Un peu remanié, un peu raboté, il revient tourner aujourd'hui dans les rangs de l'Assemblée. Selon un sondage ViaVoice pour Libération, 55% des Français n'en veulent pas. Mais à force de pousser, même sans loi, l'idée rentrera. Fini, la parenthèse de la semaine. Travail non-stop, les rues toujours grouillantes, jamais d'excuse pour repousser au lendemain, ou se lever une heure plus tard. Ces choses-là ne se revendiquent pas. Le temps, c'est de l'argent. D'ailleurs, un sondage paru en avril révélait que la valeur la mieux partagée chez les Français, trois petits points derrière la famille, était la valeur travail, à 94%. Travail, Famille... Et si on changeait?

Le droit à la langueur. Le temps libre qui n'est pas du temps perdu. Le plaisir qui n'est pas un hobby. Le repos qui n'est pas un RTT ou une heure sup en moins, ou tant d'argent de perdu.
Pierre Carles a consacré deux documentaires à ceux qui décident de ne pas travailler : « Attention danger travail » et « Volem rien foutre al païs ». Deux films qui ont le mérite de montrer que c'est possible, que ça existe, que l'on peut vivre, sans travailler. Mais ils ont le démérite d'épingler, juger, mettre au pilori en retour ceux qui ne font pas ce choix. Et commettent l'erreur d'abord commise : celle de ne choisir qu'un côté de la médaille.

Entre les deux revers, il y a une marge. Et malgré le travaillisme ambiant, elle fait des adeptes. Le quotidien La Tribune du 6 juillet est formel : en cuisine, on se remet au fait maison. ça prend plus de temps, mais ça coûte moins cher. Le nombre d'heures supplémentaires n'a augmenté que de 1,4% au premier trimestre 2009, contre 12,4% au dernier trimestre 2008. Sans le crier sur les toits, on revendique ainsi le temps de souffler, de regarder les choses autrement. Pour, peut être, trouver d'autres solutions politiques, sociales, économiques. Car en nous ôtant le temps de l'imagination, on nous empêche de créer nos propres solutions. On nous vend celles qui existent déjà, usées, éprouvées, racornies, comme les seules solutions possibles. Et on n'a pas une minute pour s'apercevoir de la supercherie.  Horaires décalés, heures supplémentaires, horaires de bureau... Repos ! Le temps, on l'a. Il s'agit maintenant de le prendre. Pour ne pas qu'on nous le vole.

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samedi 4 juillet 2009

Le dictionnaire des mots interdits: Égalité - Bénédicte CHARLES - Marianne2.fr - Le 4 juillet 2009

Nous commençons une série estivale sur les mots interdits de la vie politique et médiatique. Ringarde, la lutte pour la réduction des inégalités sociales. Désormais, tout n'est que diversité, parité. Des concepts super sympa qui n'enrichissent pas les plus pauvres mais leur font croire qu'on s'occupe d'eux.

L’égalité n’est plus à la mode. Trop collectiviste. On lui préfère de loin des concepts plus modernes, comme la diversité, la parité. A la rigueur l’égalité-des-chances. Et encore : le secrétariat d’Etat à l’Egalité des chances annoncé en décembre dernier par l’entourage de Brice Hortefeux, et qui devait être confié à Malek Boutih n’a pas vu le jour. Boutih a refusé. Reste le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg. C'est bien, la diversité : la richesse ethnique et culturelle de la France doit avoir sa place partout. C'est bien, mais ça n'est pas l'égalité.

L’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur de La diversité contre l'égalité,  l’expliquait à Marianne2 en février dernier: « Si vous prenez les 10% de gens les plus riches (ceux qui ont en fait tiré le plus de bénéfices de l'explosion néolibérale des inégalités) et que vous vous assurez qu'une proportion correcte d'entre eux sont noirs, musulmans, femmes ou gays, vous n'avez pas généré plus d'égalité sociale. Vous avez juste créé une société dans laquelle ceux qui tirent avantage des inégalités ne sont  pas tous de la même couleur ou du même sexe. Les avantages en termes de gouvernance sont assez évidents, eux aussi. L'objectif du néolibéralisme, c'est un monde où les riches peuvent regarder les pauvres et leur affirmer (à raison) que personne n'est victime de discrimination, leur affirmer (tout autant à raison) que leurs identités sont respectées. Il ne s'agit pas, bien sûr, de les rendre moins pauvres, mais de leur faire sentir que leur pauvreté n'est pas injuste. »


Sur le même modèle, l’égalité des salaires a été remplacée par la parité, nettement plus fun.

«Egalité des salaires» : l’expression fait vomir les chefs d’entreprise et lever les yeux au ciel les syndicalistes. Faites l’essai : cherchez sur Google actualités l’expression « égalité des salaires ». Vous n’y trouverez que quelques articles de la presse suisse — où, curieusement, le concept n’est pas encore frappé de ringarditude. Alors que le premier versement de RSA va être effectué lundi prochain à la CAF de Boulogne-Billancourt au cours d’un happening réunissant Martin Hirsch et Patrick Devedjian, que le débat sur le travail du dimanche agite l’Assemblée nationale, que Nadine Morano envisage de supprimer les deux ans de cotisations offerts pour chaque enfant aux mères de famille, plus personne ne parle d’égalité des salaires.


En fait, l’égalité a été remplacée par la parité. Qui est à la femme ce que la diversité est aux Français issus de l’immigration : la promesse d’un panachage, rien de plus. Promouvoir une présence féminine accrue dans les institutions et les partis politiques n’a rien à voir avec régler le problème de ces femmes, qu’elles soient cadres ou non qualifiées, qui à poste égal touchent un salaire inférieur à celui de leurs virils collègues. Simplement, la parité permet de faire croire que « ça avance »… et de ne plus évoquer l’inégalité de rémunération entre hommes et femmes qui est pourtant une réalité : à poste égal, les femmes sont payées, en moyenne, 11% de moins que les hommes.

En fait, la seule qui ose évoquer l’égalité hommes-femmes, c’est Nadine Morano, qui considère qu’il est injuste que les mères de famille bénéficient d’années de cotisation retraite offerte, et pas les pères. Sait-elle, Nadine, que d’après l’Insee le montant moyen des retraites des femmes est inférieur de 46% à celui des hommes ? Pas son affaire, apparemment. Son objectif n'est pas de rendre les retraitées moins pauvres, mais de mettre fin à la terrible injustice qui touche les pères de famille. Voilà qui mettra du baume au coeur des mamies qui vivent avec le minimum vieillesse. 

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mercredi 1 juillet 2009

Jean JAURÈS en vedette - Lucien DEGOY - L'Humanité - juillet 2009

Exposition, pièces de théâtre, livre, grand colloque sur la gauche et ses valeurs : en ce 150e anniversaire de sa naissance, la force créative et l’exemplarité du fondateur de l’Humanité sont précieuses à la réflexion politique de tous.

Jaurès parmi nous. Comme le vent d’autan toulousain, ses phrases tonnantes aux accents du Midi vont courir les allées de la Fête, au bonheur des rencontres et des attroupements, déclamées par des apprentis comédiens du cours Florent. Durant ces trois jours, le fondateur de l’Humanité sera dignement célébré en ce 150e anniversaire de sa naissance (1), mais on découvrira surtout un Jaurès vivant, proche, se glissant dans les discussions et les débats d’aujourd’hui avec une présence d’esprit et une force de conviction qui en surprendront plus d’un !

Dans le riche programme peaufiné pour la circonstance, rappelons qu’une exposition réalisée par les archives de la ville de Toulouse sera visible à l’espace Tourisme, et que de nombreux auteurs seront au village du Livre pour signer leurs ouvrages consacrés au leader socialiste. La rentrée de septembre sera marquée à cet égard par la publication, par les éditions Privat et la Dépêche du Midi, de tous les textes et articles que Jaurès écrivit pour le grand quotidien régional, et par la sortie chez Fayard du tome I (les Années de jeunesse) des oeuvres complètes de Jaurès sous l’autorité de l’historien Gilles Candar. Deux pièces de théâtre écrites et mises en scène par des créateurs contemporains seront présentées à l’espace Théâtre : la Valise de Jaurès, de Bruno Fuligni (2), le vendredi soir à 20 h 30, et Jaurès ou le printemps de la parole, de Benoît Guibert et Cédric Leproust, le dimanche à 13 h 30. Les deux oeuvres donnent à voir, entendre, goûter quelques épisodes de la vie du grand tribun.


La première pièce, avec Jean-Claude Drouot dans le rôle de Jaurès, nous replonge dans les batailles homériques qui, à la tribune du Palais- Bourbon, opposèrent le député des mineurs de Carmaux à l’écrivain Maurice Barrès, député boulangiste et antidreyfusard notoire, à propos du transfert au Panthéon des cendres de Zola. Une confrontation à couteaux tirés entre deux figures de la vie politique du début du XXe siècle qui rebondit deux ans après, avec l’évocation du débat sur l’abolition de la peine de mort.


La seconde création confronte de jeunes interprètes d’aujourd’hui à l’art oratoire jaurésien – ces trouvailles verbales qui, bien au-delà des figures de style, donnaient sens et valeur concrète aux idéaux qui irriguaient ses combats : la justice et la transformation sociale, la dénonciation de la propriété capitaliste et de l’exploitation du travail, la défense de la démocratie, de la République et des libertés révolutionnaires, l’invention de la laïcité, la culture et l’éducation de la jeunesse et du peuple, le pacifisme et l’internationalisme…

Ce sont quelques-uns de ces thèmes que va naturellement revisiter la grande rencontre- débat intitulée « Jaurès et l’héritage de la gauche », qui inaugurera samedi matin à 10 heures les rendez-vous de l’Agora de l’Humanité. Trois tables rondes sont prévues, réunissant en ce colloque des historiens et philosophes renommés et des responsables politiques nationaux. On peut d’ores et déjà prédire que n’en sortira pas indemne la figure passe-partout de « héros national et républicain » qui parfois, à gauche et à droite (jusqu’à Nicolas Sarkozy), ensevelit Jaurès dans un magma consensuel bien pensant ! Il y sera notamment discuté des questions que pose aujourd’hui comme hier le rassemblement du peuple et de ses forces vives et de progrès, du mouvement syndical, de la création et du rôle de l’Humanité, des valeurs de gauche, de l’individu, des libertés et du changement social. Plus qu’un programme : le présent et l’avenir de notre peuple.

(1) Le 3 septembre 1859, à Castres (Tarn).

(2) Présentée en partenariat avec la ville de Toulouse

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vendredi 12 juin 2009

Un nouvel espoir à gauche, Marianne2.fr, Henri PENA-RUIZ, 12 juin 2009

Henri PENA-RUIZ, intellectuel républicain engagé, explique pourquoi la performance du Front de Gauche est prometteuse.

La droite est satisfaite. Sa base de classe a répondu présent, ce qui se comprend puisque la politique menée va dans le sens de ses intérêts. Une Europe libérale, antilaïque, antisociale, destructrice des services publics, se met en place. Le Parti socialiste, lui, récolte les fruits  amers de ses atermoiements, voire de sa duplicité : voter, d’une part, le traité de Lisbonne et prétendre, d’autre part, défendre une Europe sociale, alors que l’un contredit l’autre. Sur fond d’abstention massive de l’électorat populaire, le Front de gauche vient malgré tout de réussir une belle percée, prometteuse pour l’avenir. Il ouvre la voie à une véritable alternative, aussi clairement à gauche que la droite est à droite. Celle d’une alliance pérenne, destinée à s’élargir à tous ceux qui veulent que la gauche soit vraiment la gauche, car ils en ont assez de ce capitalisme arrogant et des trahisons qui lui laissent les mains libres. La gauche n’a pas à rougir de son histoire. Il faut en finir avec les complexes et les reniements qu’ils entraînent. Qui a défendu l’émancipation politique du peuple ? Ceux qui siégèrent à gauche dans l’Assemblée constituante le 28 août 1789. Qui a amorcé l’émancipation laïque tournée non contre la foi religieuse mais contre son instrumentalisation politique, source d’oppression et d’obscurantisme ? Qui a conçu l’instruction publique, destinée à « rendre la raison populaire » (Condorcet) pour un exercice éclairé de la citoyenneté ? Qui a redéfini la nation dans un sens universaliste comme patrie du vivre ensemble selon le droit, en lieu et place d’une nation fondée sur des particularismes sources d’exclusion ? Qui a lutté sans relâche pour des droits sociaux susceptibles de donner chair et vie aux droits politiques ? Aujourd’hui, dans un contexte de crise systémique du capitalisme, la gauche doit se ressaisir pour offrir au mouvement social une authentique perspective d’alternative à ce monde d’insolente injustice. Cinq orientations majeures peuvent redonner sens à l’espoir.


1 - Lancer une refondation politique et sociale de l’Europe, afin que les promesses de l’internationalisme cessent d’être synonymes de laminage de la souveraineté des peuples et de régression des droits sociaux. En quoi la concorde européenne impliquerait-elle la priorité donnée au profit capitaliste ? Il faut cesser de dégoûter les citoyens d’une belle idée en la confondant avec la dictature du grand marché. L’Europe des peuples, de la paix, de la culture, Victor Hugo en rêvait. Mais elle ne peut advenir que par la justice sociale. Celle-ci implique un nivellement par le haut, et non par le bas, du droit du travail et des conquêtes politiques inaugurées par la Révolution française. L’Europe doit être laïque et sociale.


2 - Développer la laïcité des Etats et des institutions publiques. La loi commune doit assurer non seulement la liberté de conscience mais aussi l’égalité de droits des divers croyants, des athées et des agnostiques. Tout privilège public, financier ou juridique, des religions est une discrimination inacceptable pour ceux qui ont d’autres convictions. Il s’exerce de surcroît au détriment des ressources publiques donc de l’intérêt général. La loi ne saurait être dictée par la foi : celle-ci ne doit engager que les croyants. La sphère morale et spirituelle est ainsi affranchie de toute tutelle. La laïcité est un principe d’émancipation et de concorde, propre à fonder une véritable fraternité en assurant la promotion du bien commun à tous.

3 - Refonder la souveraineté populaire en restituant au champ d’une citoyenneté active les compétences qui lui ont été ôtées au nom d’experts faussement neutres, car liés aux puissances dominantes du capitalisme et de son idéologie ultralibérale. Penser de nouvelles modalités de l’appropriation collective de tout ce qui est d’intérêt commun. Etudier des formes audacieuses du contrôle populaire du développement socio-économique mais aussi des décisions prises par les pouvoirs publics. Il faut refonder et reconsidérer la politique démocratique comme forme et moyen de la participation populaire à l’élaboration des règles communes.


4 - Développer les services publics pour assurer un accès égalitaire aux biens de première nécessité : la santé, l’instruction et la culture, le logement, l’accès à l’énergie, la communication et les transports collectifs.

La République s’affirme non par un centralisme autoritaire qui instaurerait une hiérarchie géographique entre les régions, mais par une centralité sociale qui assure la solidarité redistributive. Elle le fait par la péréquation et une fiscalité progressive propre à contenir les inégalités dans des limites essentielles pour que soit assurée la dignité humaine de tous. L’école publique, par exemple, met la culture à la portée de tous, pour promouvoir une citoyenneté éclairée.

5 - Prendre en compte concrètement la dimension sociale de toute activité économique, afin de développer l’esprit de responsabilité de ceux de ses acteurs qu’obsède la seule rentabilité à court terme, source évidente d’exploitation et de négligence à l’égard de ses conséquences néfastes. Il est en effet irresponsable de laisser à la charge des pouvoirs publics le soin de réparer les dégâts écologiques d’une telle conception, mais aussi ses impacts humains : santé altérée, désespoir, sentiment d’exclusion, paupérisation liée au chômage, etc. Le droit du travail doit être réaffirmé et développé dans le sens d’un contrôle social de ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur les êtres humains. D’où trois exigences conjointes : écologie sociale, code du travail, recherche active d’un mode de développement à la fois juste pour tous et responsable pour l’environnement.


Notre monde n’est pas en panne d’idéal. Nul dogmatisme, nul procès d’intention. Mais la gauche doit oser être elle-même, en conjuguant tous les registres d’émancipation. « Et les bateaux repartiront vers la lumière » (Paul Éluard).

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Sapir: «les commentateurs du 7 juin sont aveugles!» Marianne2.fr, 11 juin 2009

Pour Jacques Sapir, économiste qui avait apporté son soutien au Front de gauche, les commentateurs politiques ont tout faux dans leurs analyses du scrutin européen. Lui se refuse à n'y voir qu'une victoire des conservateurs : il constate qu'il y a un «rejet de l'Europe fédérale» et considère comme une «impasse» le succès d'Europe Ecologie.

Les élections européennes du 7 juin ont été remarquables au moins autant par leurs résultats que par l’aveuglement des commentateurs. Ces derniers ont ainsi mis en avant la « vague conservatrice » à laquelle on aurait assisté. Mais, celle-ci a été des plus relative face à l’abstention, elle, réellement historique, que l’on a connu dans ces élections. Il convient, avec le recul nécessaire, de comprendre ce que ces élections ont révélé. Au-delà des premières réactions, il est probable que nous avons assisté au début de la fin de la construction européenne telle que nous la connaissons.

1) Le rejet de l’Europe fédérale.

On l’a dit, l’abstention a été énorme, et pas seulement en France. C’est chez les nouveaux entrants qu’elle a été le plus spectaculaire avec moins de 30% de votant en République Tchèque et à peine plus de 18% en Slovaquie. La France, avec à peine 40% de votants enregistre ici l’un de ses taux les plus faibles de participations. À peine plus d’un électeur sur trois s’est ainsi déplacé en Europe pour aller voter. Ce phénomène est tellement massif qu’il doit être expliqué en priorité.
 


On peut analyser cette faible participation comme le résultat combiné de plusieurs facteurs :

- les électeurs européens ont à l’évidence sanctionné une Europe qui s’avère incapable de la protéger de la crise et de ses conséquences. Il n’y a pas de « plan de relance » européen et l’addition des plans nationaux représente ainsi à peine 1% du PIB de l’Europe. De plus, cette dernière a été incapable, par ses règles bancaires, de prévenir la contamination issue de la crise américaine. Il y a pire. L’Europe, par ses directives, enracine cette crise et détruit progressivement tous les instruments dont on pouvait disposer au niveau national pour s’y opposer. De ce point de vue, l’application du Traité de Lisbonne ne changera en rien la situation. Ce traité ne fait que consolider les régressions économiques et sociales de ses dernières années.

- ceci nous conduit à un second facteur. Les électeurs ont aussi sanctionné une Europe qui a bafoué à de multiples reprises, et ce depuis le Traité de Maastricht, la volonté démocratiquement exprimée des pays qui la composent. Le tour de passe-passe par lequel on a escamoté le « non » français et hollandais au TCE, et par lequel on va probablement faire de même pour le « non » irlandais au Traité de Lisbonne semble avoir définitivement dégoûté les électeurs. Convoqués aux urnes, ils sont restés chez eux, en dépit des discours grossièrement mensongers que l’on a pu entendre. Il faut ainsi rappeler à ceux qui l’auraient oublié que l’Europe n’a rien « construit » en France. Pour qu’il y ait une contribution nette de l’Europe, il faut que les subventions excèdent les versements faits par un pays. Or, dans le cas de la France, nous payons plus que nous ne recevons. C’est peut-être juste au nom de la solidarité, mais que l’on nous épargne alors ce mensonge d’une Europe venant dispenser ses bienfaits dans notre pays. Ceci explique sans doute les scores faibles des partis Souverainistes, dont une bonne partie des électeurs à préféré ne pas voter.

- à ce tableau sinistre il convient d’ajouter l’absence de solidarité que la crise a révélée. Les Pays baltes, dont la population n’excède pourtant pas 8 millions – soit moins que le nombre d’habitants du Grand Londres ou du Grand Paris – ont été abandonnés au FMI. Ce dernier n’a eu de cesse que de leur proposer une réduction de 25% de salaires de la fonction publique. La Hongrie, qui se débat dans une crise très grave, n’aura pas le plan de stabilisation de ses banques, qui est cependant une chose nécessaire si on veut éviter que les pertes en Europe Centrale ne viennent déstabiliser les banque Autrichiennes et Allemandes. C’est bien cette absence de solidarité qui explique la désaffection brutale des électeurs chez les « nouveaux entrants » de l’Europe.

- enfin, l’Euro lui-même apparaît aujourd’hui comme un facteur de crise. Tout d’abord en raison de son cours. À un taux de change supérieur à 1,35 Dollars US, et aujourd’hui nettement plus proche de 1,40, il plombe les exportations de la Zone Euro, et de l’Allemagne en particulier. Il faut savoir qu’au-delà de 1,20 Dollars l’accroissement de 6% du taux de change est égal à un accroissement de 1% du taux d’intérêt. Cependant, les dégâts de l’Euro ne s’arrêtent pas là. Le phénomène de « L’Eurodivergence » s’est considérablement accru depuis 6 mois . Il touche désormais les écarts de taux sur la dette publique pour les pays membres. Ainsi, l’harmonisation des marchés de la dette, longtemps présentée comme le seul résultat positif de l’introduction de l’Euro, n’aura pas résisté à la première crise sérieuse.

Nul ne peut prévoir le rythme que prendra cette désaffection. Il est cependant clair qu’elle est profonde et, parce qu’elle à de multiples sources, elle va s’avérer durable. Le 7 mai est mort le rêve d’une Europe fédérale. Ce n’était qu’un rêve, mais il avait au moins pour lui une certaine cohérence. Il s’est fracassé sur le mur des réalités.
 


L’Europe des Nations, soit la vision Confédérale, ne saurait s’accommoder de la construction bruxelloise. Cette dernière, dans sa frénésie réglementaire, est une construction de type fédérale. Il faudra bien accepter de revenir sur les directives européennes et rappeler que, si nous ne sommes pas dans une construction fédérale, alors les lois de chaque Nation sont à nouveau supérieures.

2) La crise de la social-démocratie européenne.

La seconde leçon qui s’impose est celle de la crise, et peut être de la fin, de la social-démocratie Européenne. Bien sûr, on peut trouver des explications locales pour chacun de ses désastres. Ce serait pourtant perdre de vue l’essentiel. C’est dans sa dimension européenne que la social-démocratie a révélé son impuissance.


Elle avait produit un texte qui était une forme de programme commun du Parti Socialiste Européen. Mais, ce programme s’est fracassé sur des réalités auxquels il n’apporte aucune réponse.


- tout d’abord, ses réponses à la crise sont pitoyables. Le plan de 100 Milliards d’Euros réclamés par Martine Aubry et ses collègues reste très en deçà des besoins. Il aurait fallu en engager le double, et plus probablement le triple. Seulement, on s’est ici heurté à l’Allemagne. La social-démocratie allemande ne veut pas pouvoir être accusée de charger le fardeau de son propre pays. Que ce dernier, par sa politique néo-mercantiliste, ait eu une responsabilité évidente dans la crise est pourtant une évidence. L’Allemagne a délibérément comprimé sa demande intérieure pour développer ses exportations. C’est d’ailleurs très exactement le type de politique que l’on prête aux pays protectionnistes…On voit bien ici que l’Europe ne nous a nullement protégé contre l’égoïsme Allemand, mais nous a probablement enlevé les moyens de rétorsions qui auraient pu rendre une telle politique inopérante. Si l’Allemagne avait su que des droits de douanes seraient venus compenser sa politique, elle se serait peut-être posé le problème de la coopération.

- ensuite, ses réponses aux causes de la crise sont pathétiques. Face au processus de concurrence de la part des pays nouveaux entrants, le programme du PSE propose d’harmoniser sur le salaire médian. Mais, ce faisant et compte tenu des différences dans les rémunérations, on ne touchera pas au problème du dumping social. Le salaire médian, s’il est un indicateur important et plus robuste que le salaire moyen pour mesurer les inégalités dans chaque pays, est une très mauvaise base pour harmoniser le salaire entre les pays. Le Parti de Gauche en a bien pris conscience qui proposait une règle d’harmonisation fondée sur le salaire moyen et non sur le salaire médian. Mais, là aussi, il n’y a pas eu d’erreurs. Les responsables des partis sociaux-démocrates des pays nouveaux entrants ont délibérément choisi de maintenir leur avantage compétitif. Le salaire horaire moyen et de 2,4 Euros en Slovaquie, 3,0 Euros en République Tchèque et 3,2 Euros en Hongrie. Par comparaison, il est de 16,5 à 20 Euros en Allemagne, Belgique, France et aux Pays-Bas. On voit bien que l’écart des rémunérations est très supérieur à celui des productivités (qui est de l’ordre de 1à 3 ou 1 à 4).

De même, en ce qui concerne les services publics, dont l’OCDE reconnaît aujourd’hui qu’ils sont un des éléments qui expliquent la meilleure résistance de la France à la crise, à part des proclamations de principes, il n’y a pas de remises en causes des directives européennes qui ont imposé le principe de concurrence. Et pour cause : elles ont été votées par le PSE.

- fondamentalement, la position commune du PSE n’est que de surface. On le voit bien en ce qui concerne la réélection du Président de la Commission Européenne, l’inénarrable Barroso. Cette unité de surface ne saurait masquer les profondes divergences qui minent la Social-Démocratie européenne et qui ne sont que l’illustration des divergences dans l’économie réelle, ce que l’on a appelé l’Eurodivergence.

- le programme de la social-démocratie européenne a désarmé le PS. On voit bien que s’il faut attendre un accord de tous, nous aurons de longues barbes blanches avant qu’il ne se passe quelque chose sur le front de l’Europe Sociale. Cette dernière est un mythe, ce qu’ont expliqué avec beaucoup de talent des autres auteurs . Ce discours mythique est devenu perceptible pour les électeurs ; ils en ont tiré les conséquences.

- enfin, la division qui règne au sein du Parti Socialiste et que viennent conforter les pratiques de la direction actuelle, n’ont certainement pas donné envie aux électeurs de se déplacer.

La social-démocratie européenne est aujourd’hui au pied du mur. Si elle maintient sa foi dans l’Europe, elle deviendra un parti de pleureuses se lamentant sur l’Europe sociale, ce bel espoir toujours déçu. Ses électeurs l’abandonneront à son sort. Elle devra choisir entre le social et l’Europe, ente le mythe d’une avancée à 27 et la possibilité bien réelle d’avancer à 4 ou 5. En tout les cas elle doit rapidement tirer les leçons d’un scrutin qui n’a vu la victoire des conservateurs que par défaut.

3) L’impasse victorieuse d’Europe Ecologie.

La troisième leçon, mais ici nous entrons plus dans la politique française a été le succès de la liste Europe Ecologie.


Celle-ci avait pour elle la cohérence de son discours et la diversité de ses têtes de listes. Elle à pris l’avantage sur le MoDem bien avant la projection du film « Home ». Cependant, ce succès pourrait bien s’avérer un cul-de-sac.

En effet, et les déclarations des dirigeants d’Europe Ecologie sont là pour le prouver, cette cohérence du discours n’induit pas une cohérence de l’action. Si l’on prétend que l’on ne peut agir qu’au niveau Européen pour traiter la double crise, économique et écologique, quelles réponses apportera-t-on en cas de blocage par les autres pays d’Europe ?


D’une certaine manière, les écologistes vont se retrouver devant la même contradiction que la social-démocratie. S’il n’y aura pas d’Europe sociale, en tous les cas pas à 27 comme on l’a indiqué, il n’y aura pas plus d’Europe Ecologique. Les dirigeants d’Europe Ecologie prétendent que l’on ne peut plus agir dans le cadre national, mais ils vont s’apercevoir que l’on ne peut pas agir dans l’Europe des 27, du moins pas à la hauteur de leurs ambitions.


Ils devront alors accepter de réviser à la baisse leurs revendications en se contentant de demi-mesures ou de déclarations vagues qui n’engageront pas les gouvernements, et ainsi trahir la partie « écologie » de leur programme, ou accepter le fait que des mesures unilatérales peuvent permettre de sortir de ce blocage. D’une certaine manière, la contradiction qui existe entre l’Europe des 27 telle qu’elle est et l’écologie va se révéler, à mesure que le succès de la liste Europe Ecologie va lui conférer des responsabilités.

Que les dirigeants de cette liste en soient conscients est une évidence, comme on l’a vu avec la charge- par ailleurs totalement justifiée – qu’ils ont mené contre l’actuel Président de la Commission Européenne, M. Barroso. Mais, ils ne peuvent ignorer que ce dernier représente le point d’équilibre entre le Parti Populaire Européen et une partie du PSE. Ils ne peuvent ignorer non plus que cette alliance, profondément conservatrice, sera reconduite. Dès lors quelle sera leur politique ?


Ils peuvent se contenter d’une « mise au pied du mur » des responsables européens. Dans une telle politique on présente des propositions, que l’on sait ne pouvoir être adoptées, pour ensuite dénoncer l’absence de coopération ou de sens écologique des autres forces politiques. Cela permet, certes, de beaux effets de manche dans l’enceinte du Parlement Européen mais c’est parfaitement et totalement inefficace.


Ils peuvent ensuite, on l’a dit, passer des compromis pour faire aboutir certaines de leurs revendications. Mais, le problème de la cohérence de leur programme sera alors directement posé. Si on admet qu’il est cohérent, il doit être appliqué dans sa cohérence. Si on aboutit alors à voter une directive sur la « taxe carbone » en échange du soutien des écologiques au démantèlement des services publiques, c’est cette cohérence qui sera mise à mal. Ils auront alors bien du mal à prétendre devant leurs électeurs qu’ils sont en train d’appliquer leur programme. On sait que les « Verts » ont ainsi appuyé les directives sur la concurrence dans le domaine de l’énergie et des transports.

Ils devront ainsi choisir entre l’écologie et l’Europe, tout comme les socialistes furent contraints de choisir entre le social et l’Europe. On sait quelle fut la réponse que les socialistes ont donnée à ce choix. Ils en payent aujourd’hui la facture. Les écologistes risquent donc de sacrifier l’écologie à l’Europe, et d’en subir les conséquences.

4) La sanction des sectaires.

Une quatrième leçon de ces élections est que les électeurs en ont assez des prises de positions proclamatoires qui ne cachent guère les ambitions personnelles. On à pu le constater avec le cas du MoDem, ainsi passé de près de 13% à environ 8%, mais aussi dans le cas du NPA.

Dans le premier cas, cela signe probablement la fin des ambitions personnelles de François Bayrou. Peut-être pourra-t-il maintenir sa position de « 3ème homme » dans le cadre d’une élection présidentielle. Mais, son ambition de faire jeu égal avec la social-démocratie s’est à ce jour brutalement éloignée.
 


Quant au parti créé sur la base de l’ex-Ligue Communiste, il a ainsi vu son score descendre des 7% à 8% qui lui étaient promis au début de 2009 à moins de 5%. L’argument selon lequel les électeurs du NPA auraient été plus sensibles à l’abstention que la moyenne ne tient pas. Dans le même temps, le score du Front de Gauche, initialement crédité de 3%, n’a cessé de monter jusqu’au plus de 6% qu’il a enregistré. Il y a bien eu un transfert des voix.

Ceci sanctionne une campagne sans réelles perspectives et relativement sectaire de la part du NPA. Dès lors, le choix qui s’ouvre à lui sera le suivant. Où il persévère dans sa ligne, et il se verra réduit progressivement aux seuls électeurs de la Ligue Communiste, perdant ainsi le capital qu’avait accumulé sur son nom – mais non sur son programme – Olivier Besancenot lors de la campagne présidentielle, où il se penche sérieusement sur la question des alliances. La politique du « splendide isolement », en tous les cas, ne le mènera nulle part.


La stratégie de personnalisation à outrance qu’il a suivie peut d’ailleurs s’avérer très dangereuse. Elle le met à la merci du bon vouloir de la presse, qui ne lui est favorable que dans la mesure où il correspond à un phénomène de mode, et qui peut alors exploiter la moindre erreur de son candidat.

Il faut ici considérer ce qu’à fait perdre cette stratégie au mouvement de contestation du capitalisme. Une candidature commune du NPA avec les autres alliés du Front de Gauche avait, en statique, un potentiel de 11% à 12%. On le constate dans les résultats. En dynamique, ce potentiel eut été plus important. Avec le choc psychologique que provoquait alors une véritable dynamique unitaire, on peut penser que ce Front de Gauche pouvait atteindre 13% à 14%. Dès lors, ce Front de Gauche réellement unitaire pouvait faire jeu égal avec Europe Ecologie. On aurait alors construit un rapport de forces qui pouvait immédiatement être traduit dans le mouvement social. Au contraire, en jouant le jeu de la division, la direction du NPA à pris la responsabilité d’affaiblir ce mouvement en ne lui offrant pas de perspective de débouchés dans une échéance électorale.

Inversement, il faut s’intéresser aux raisons qui sous-tendent la relativement bonne prestation du  Front de Gauche. Parce qu’il a cherché à construire un véritable programme, il à su dépasser cette contradiction dans laquelle s’est enfermée le NPA.


Certes, ce programme est encore imparfait ou du moins largement perfectible. Mais, en particulier sur l’Europe, il n’élude plus la possibilité d’actes unilatéraux. Ceci a été un élément important de la crédibilité de ses positions et le deviendra incontestablement toujours plus à l’avenir. De ce point de vue, soit le Front de Gauche élabore complètement un programme et en définit les conditions d’applications en cas de blocage Européen, ou il connaîtra la même crise que la social-démocratie européenne.

5) Tous protectionnistes ?

Ceci me conduit à la cinquième des leçons de ce scrutin, et qui n’est pas la moins paradoxale. En France, pratiquement tous les partis en présence ont fait de la « protection » un élément de leur campagne. Ceci a pu être explicite, avec des analyses claires que l’on a retrouvées chez Philippe de Villiers ou Nicolas Dupont-Aignant. Ceci a pu être implicite, mais finalement assez lisible pour les électeurs, comme au Front de Gauche. Ceci, enfin, a pu être diffus, comme à l’UMP, au PS et même dans le cas du MoDem, qui à vrai dire n’en était pas à une contradiction près. On a même trouvé des traces de ce discours au sein d’Europe Ecologie avec les références, que l’on doit à José Bové, à la souveraineté alimentaire. Seul le NPA à refusé d’entrer dans la problématique de la protection, marquant ainsi le côté purement propagandiste de ses propositions.


La question des protections, c’est-à-dire du protectionnisme pour prononcer le mot, a donc bien été au cœur de cette campagne des élections européennes. Un tabou a sans doute été brisé. Nul doute que l’on ne remettra pas la génie dans la boite une fois qu’il est sorti. La question du protectionnisme sera donc au cœur des combats futurs.


(1) J. Sapir, « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44.
(2) F. Denord et A. Schwartz, L’Europe sociale n’aura pas lieu, Raisons d’Agir, Le Seuil, 2009.

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dimanche 7 juin 2009

Conférence de presse du 7 juin 2009, après les élections européennes

Intervention de Jean-Luc MÉLENCHON :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=21&id_video=116&tag=melenchon

Intervention de Marie-George BUFFET :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=12&id_video=117&tag=buffet

Intervention de Christian PIQUET :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=12&id_video=118&tag=picquet

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mercredi 3 juin 2009

Réunion publique de Toulouse, le 3 juin 2009

Discours de Jean-Luc MÉLENCHON :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=12&id_video=107&tag=meeting

Discours de Marie-George BUFFET :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=12&id_video=109&tag=buffet

Discours de Christian PIQUET :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=12&id_video=110&tag=Christian%20Picquet

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Jacques GÉNÉREUX explique pourquoi et comment SARKOZY aggrave la crise

Jacques GÉNÉREUX explique pourquoi et comment « SARKOZY aggrave la crise » :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=9&id_departement=15&id_video=27&tag=Généreux

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mardi 2 juin 2009

Jean-Luc MÉLENCHON nous parle du Traité de Lisbonne et du "Grand marché transatlantique"

Jean-Luc MÉLENCHON parle du Traité de Lisbonne :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=9&id_departement=18&id_video=106&tag=lisbonne

Jean-Luc MÉLENCHON parle du « Grand marché transatlantique » :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=9&id_departement=18&id_video=80&tag=marché%20transatlantique

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lundi 1 juin 2009

Films officiels de la campagne électorale pour les élections européennes du 7 juin 2009

Film officiel n°1 :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=17&id_video=77&tag=officiel 

Film officiel n°2 :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=17&id_video=78&tag=officiel

Film officiel n°3 :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=video&id_rubrique=10&id_departement=17&id_video=100&tag=officiel

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samedi 30 mai 2009

Réunion publique de Besançon

Discours de Jean-Luc MÉLENCHON :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=12&id_video=65

Discours de Francis WURTZ :

http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=12&id_video=86&tag=besancon

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